07/05/2007

Gueule de bois

Une fois n'étant pas coutume, je vais parler de moi en ce triste 7 mai 2007.


Je me suis réveillé avec la gueule de bois ce matin. Pas d'avoir trop bu. Une gueule de bois sobre mais qui donne un goût amer dans la bouche. Hier c'était le 6 mai et la France a élu un nouveau président.
Alors ce matin, ça n'était pas terrible... en fait, je savais que cette journée me laisserait vide et miteux. En plus j'avais prévu de rendre visite à ma grand-mère, de 86 ans, alitée depuis une semaine dans un hôpital à plusieurs dizaines de kilomètres de chez moi.
Pas qu'il m'est pénible de la voir, mais je n'avais pas coeur à la voir plus diminuée que jamais.
En plus elle est très fortement malentendante, aucune conversation n'est possible.
Je m'y suis rendu tout de même.

Évidemment, la voir fragile, très amincie et l'oeil larmoyant, j'ai eu beaucoup de peine. Elle ne m'a pas reconnue tout de suite, nous ne nous étions pas vu depuis longtemps et sa mémoire flanchait.

J'ai vu quelques journaux éparpillés sur le lit, j'y ai jeté un coup d'oeil fébrile...
Ma grand-mère m'a alors lancé : "alors c'est Sarkozy, notre nouveau président ?
- oui lui ai-je répondu, mon mal à la France reprenant de plus bel !"
J'ai eu peur alors qu'elle ne se lance dans une apologie de NS, qu'elle ne me parle de ces arabes qui n'existent même pas dans son village ou de ces fainéants de fonctionnaires qu'elle ne voit jamais, puisqu'elle ne sort plus de chez elle depuis longtemps. Je me suis dit que ma grand-mère pouvait être de ceux qui ce sont laissés bernés par ce faiseur de vent.
Quel mauvais petit-fils je faisais !
"J'espère que ma voix n'a pas manqué à Ségolène Royal, me dit-elle alors presque craintive que je lui réponde par l'affirmatif
Je la rassurais alors par un sourire et un mouvement de tête, en repensant au score mais en me disant que SR aurait été charmée d'entendre ça.
Mon premier moment de gaîté de la journée.
Je me suis dit alors que tout n'était pas vain, qu'espoir et désespoir n'était pas le fait d'un homme seul !
Que la lutte pour l'humanisme recommençait à peine !




04/05/2007

Soupe de crottes de bique

Nous voilà rassurer, nous allons manger. Pas qu’une grande faim s’empare de nous, mais il est bon de sustenter quand l’équilibre même du corps le réclame.
Aujourd’hui, c’est notre enfant de quatre ans qui prépare. Il est adorable. Poli, patient et courageux. Il sait parfois être drôle. Aujourd’hui il est en forme, c’est donc lui qui nous régale :
« Papa, maman, p’tite sœur, j’ai préparé un soupe de crottes de bique.
- Hhuumm, crions nous tous en chœur, comme c’est alléchant, me permettais-je d’ajouter pour signifier mon contentement.
- Dedans, j’y ai ajouté de la crotte de nez et du sel de baleine »
Rehhummm.
« Et exprès pour ma sœur parce que je sais qu’elle aime ça, la soupe est aux larmes de croco du pays magique. »
Et de nous servir dans nos bols, toujours propres.
Nos enfants riaient de bon cœur.

« Allez, dis-je, après ce repas de fête, allons nous promener, tant que nos jambes nous le permettent ! Nous trouverons peut-être quelques ingrédients pour le gâteau de ce soir ! »

Nous sortons tous et prenons l’avenue. Nous rejoignons la longue queue de chalands qui attendent pour franchir la Ligne.
Une fois passée, nous rejoignons tous, en silence, le « marché » et attendons à nouveau.

Les camions bennes, de 15h, arrivère à l’heure et déposent la marchandise. Tout le monde se met à courir pour dégoter la pièce de choix ! Quelques bagarres éclatent. Peut-être allons-nous tomber sur les restes d’un grands restaurants et d’une famille bourgeoise de l’autre côté de la Ligne de Misère.
Mais encore une fois, la chance ne nous sourie pas !

Ce soir, nous ferons une tarte de crottes de bique.



« La marchandisation gagnant tout, jusqu’à l’homme lui-même, le monde deviendra une foire parcourue de bandes rivales »
Jacques Attali





18/04/2007

Indécis

-Tu sais pour qui tu vas voter dimanche ?
-Oui. C'est important ?
-Pour moi ?
-Non pour les autres ?
-Bah oui je crois .. ça le peut ..
-Et toi ?
-J'attend
-Et t'attend quoi ?
-Dimanche
-Pourquoi ?
-Pourquoi dimanche ?
-Non pourquoi t'attend ?
-Pour être comme 42 % des francais 
-De droite ?
-Indécis.
-Et cela t'avance à quoi ?
-A rien, on parle de moi.
-Dans l'isoloir il faudra bien te décider
-Alors je voterai peut être Bayrou
-Bah alors tu n'es pas indécis
-Bah si, c'est comme lui. 
  C'est pas libéral, c'est pas social, pas de droite pas de gauche, 
  on ne sait pas trop ce que c'est .. 
  si ça c'est pas indécis !
  Moi jusqu'au bout, je veux qu'on parle de moi..
-C'est con.
-Je sais mais je veux la gloire 



03/02/2007

La Jungle


podcast 
Keith Jarrett - The Rich (and the poor) - extrait


Il faisait froid ce matin. Il sortit la main de son gant de cuir pour attraper les clefs dans sa poche et ouvrir sa mercedes.
Encore une belle journée. Sans doute, encore une belle affaire. Il se rendait à la chambre de commerce qui se trouvait face au bassin du Paradis.

Il démarra son CD de jazz qui le mettait d'entrain pour la journée.

A proximité de la zone des dunes, il aperçut les premiers réfugiés de sa journée. Comme chaque jour, ils faisaient peine à voir, à peine vêtus; pour les uns, un simple survêtement et une écharpe qui entoure la tête comme un oeuf de Pâques, pour les autres, un jean surmonté d'un blouson de toile, récupéré sans doute lors d'une de ces distributions sauvages organisées par les collectifs d'aide aux réfugiés.

Ils rentraient bredouille, ils n'avaient pas réussi à traverser cette satanée Manche, frontière inaccessible.
Dans l'habitacle douillé de son turbo diesel, il imaginait les regards effarés mais résignés de ces afgho-pakistanais à la vue de leur baraquement construit la veille et cassés ou brûlés par les cohortes vengeresses de CRS, passées la nuit.
Il imaginait qu'ils allaient devoir à nouveau recommencer pour s'abriter et dormir le temps d'une journée.

En remontant le boulevard des Alliés, il en vit d'autres qui avaient eu moins de chance. Un groupe était assis à même le trottoir, entouré d'une ronde immobile de CRS. Ils se verront reconduit à des kilomètres, ils rateront la distribution illégale de pain du matin. Un quotidien.

Au solo de batterie de Dejohnette, il battit la mesure sur le volant et repris en sifflant la phrase de piano.
Il gara sa voiture en face de la chambre de commerce. Il salua d'un geste amical un des policiers.

Encore une belle journée.



  
Après la fiction : www.csur62.com


21/12/2006

Enfant de Don Quichotte

"Unwizely, Santa offered a teddy bear to James,
unaware that he had been mauled by a grizzly earlier that ear"
Tim Burton - The melancoly death of oyster boy



Je me suis levé. Les bras et les articulations des jambes engourdis.
Je ne sais pas si j’ai dormi. Je crois que oui pourtant. Mais putain ce que j’ai eu froid. J’ai cru que mon cœur allait s’arrêter. Je me disais « t’endors pas ! Si tu t’endors t’es mort.»
Je sens encore les pavés des bords du canal Saint-Martin dans tout le dos.
Quand je suis sorti de la tente, il y avait déjà du monde dehors. Il y avait Bernard avec qui j’avais bu quelques coups hier soir. Bernard a 46 ans, depuis déjà 2 ans dans la rue.
Il y avait aussi Paulette qui se réchauffait à coup de cubit de côte du rhone.

Je ne sais pas trop quoi faire, j’ai mal partout et je suis frigorifié.

Il fait encore nuit et l’humidité du canal nous transperce de partout. Je les regarde les uns après les autres, Bernard, Paulette, Rémy … ils vaquent déjà à leurs occupations. Trouver de quoi manger, aller au boulot. Rémy bosse sur un chantier de rénovation d’un appart dans le 17ème, m'a-t-il dit.
Je les regarde et m’en vais.
Je retrouve ma voiture et repars chez moi avant de rejoindre le bureau.
Je me glisse dans le bain brûlant. Je ne sais pas quoi penser.