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31/07/2007

Slience

 (...) 

 

Certaines paroles bouleversent
Tout le silence à vivre.

 

Andrée Chedid 

(Poèmes pour un texte - Silence à vivre)

 


podcast
 

28/07/2007

Dieu seul

C'est une petite vieille pas bien gaillarde ces derniers temps. Elle aimerait poser là sa dernière ride comme une offrande à l'hypocrisie de la vie mais rien n'y fait, chaque matin elle met le pied droit sur la peau de mouton, dont il ne reste que le cuir, qui traîne au pied de son lit.

Elle aimerait tant rejoindre son Emile là-haut. Mais Dieu ne veut pas d'elle ! Pourtant elle quémande chaque jour au confessionnal par l'intermédiaire de l'abbé. Ne passerait-il pas le message ? Faillirait-il à sa tâche. Il est vrai qu'il tente toujours de la forcer à aimer la vie, mais il y a longtemps qu'elle n'aime plus ça Paulette. 84a6ca9a20ce93c9c36fae66728f5359.jpg

Et chaque jour à l'entrée de l'église, elle voit ce vitrail qui lui assène cette vérité. Dieu Seul ... Dieu seul décide, Dieu seul est roi dans ses terres.  

Elle se demande bien pourquoi Il s'acharne. Elle souffre de milles maux, des cheveux aux orteils, elle s'ennuie, n'apprécie plus les feuilles de saules qui lui servent de parasol l'été, ne prend plus goût au petit porto avant de passer à table. D’ailleurs elle n’aime plus manger.

Mais Dieu seul … alors elle patiente.

Un matin, Paulette ne posa pas le pied sur le cuir de mouton. On lui fit un enterrement digne de la doyenne du village, l’abbé expliqua que Dieu avait rappelé Paulette à lui, que Dieu est maître en son royaume et qu’il fallait prier pour le repos éternel de Paulette. Comme si tout ça était bien triste.

L’histoire ne dit pas si le paradis de Paulette existe, ni même si elle avait retrouvé son Emile, l’histoire nous apprend que Dieu seul … Alors à quoi bon, hein ?





27/07/2007

Bollylande

La nuit s’étend sur la lande. Quelques grands pins aperçoivent les derniers rayons du soleil de leur cime. La nuit s’étend comme le silence avant elle.
Tout paraît paisible, maintenant. Les dernières hirondelles ont regagné le rivage, accompagnant la bise du soir, celle qui fait tomber les pommes de pins.
Depuis longtemps déjà, j’arpente ces brindilles et ces terres sablonneuses à la recherche de l‘absence, de l’ourlet de béatitude. J’ai laissé derrière moi mes dernières affres, mes derniers tourments pour m’approcher un peu plus de la légèreté.
Je connais mieux que personne cette longue forêt de pins, au nord la Dune et ses bardées de touristes, au sud les vagues, la lourde inquisition de l’océan. Au milieu, des conifères, leurs cous interminables et moi à l’orée de la nuit aquitaine, emprunt de sérénité.
Je m’apprête à rejoindre le rivage, le bruit de la houle m’appelant, mais à ma droite, un bruit de ce qui pourrait être une cithare.

podcast

Je m’approche, attiré par ce son enivrant.
Au milieu d’une clairière artificielle, une jeune femme indoue plus belle que jamais a entamé une danse, épousant de ses hanches les sonances musicales. Vêtues d’un simple taffeta vert, les transparences chaloupées finissent de m’hypnotiser. Je n’essaye même pas de comprendre d’où viennent les notes.
A quelques mètres de l’inattendue danseuse, elle me regarde et me sourit, continuant sa volupté. Chacun de ses déhanchements, chacune de ses dodelines, chaque mouvement de ses bras se font écho et semblent tracer des lettres, chacune de ces lettres formant un mot.
Plaisir.

Ferme les yeux. Laisse-toi pénétrer.

As-tu senti le vent parfumé, l’indicible extase de chacun de tes atomes ?
Ferme les yeux encore.

Un vent frais accompagne mon réveil, la lande offre sa rosée au matin, j’avais dormi toute la nuit. Ma danseuse a disparu mais sa mélopée résonne encore.
Je repars affronter mes démons avec une nouvelle arme.

 

Bande son : Nocturne par Mukta 

24/07/2007

Melancholy

C'est comme une empreinte dans le sable frais
Les grains qui glissent doucement au fond de la cavité
Elle reste malgré tout, le temps d'une marée
Jusqu'à léchée par l'écume, elle disparait, noyée
On peut l'entendre, sournoise, cette mélancolie
Qui attend, perfide, que la vague l'ait choisie
Et puis l'eau se retire, laissant un goût salé, une insomnie
Demain la mer sera chaude et d'huile, une accalmie.

01/07/2007

Marguerite

Il était un peintre génial. De l’avis même d’amateurs éclairés. On disait de lui qu’il peignait l’âme des fleurs ou les tripes des rochers.  Il ne peignait que des natures mortes.

Il vivait dans ce petit village où chaque rue est un émerveillement pour les yeux d’artistes. De la couleur des tuiles aux  jardinières multicolores, tout est prétexte aux illusions acryliques.

Toutes les femmes du village auraient aimé qu’il les peigne. De la boulangère à la femme du premier notable. Mais il refusait toutes les avances, prétextant qu’il n’aimait croquer que la brique et le lilas, que de la peau humaine, on n’extrayait aucune lumière.

Alors quand un matin, il demanda à la postière, enceinte de huit mois, de poser pour lui, ce fut une révolution !

Elle accepta et son mari aussi, évaluant la gloire que pouvait apporter cet honneur. 

Au premier jour, il lui demanda de s’allonger nue sur le dos, sur un couvre-lit brodé, jambes relevées et écartées. Il la peindrait genoux au premier plan et visage en fond de perspective.

Une fois les appréhensions passées et les inquiétudes du mari transformées en approche artistique, l’œuvre commença.

Personne ne vit la toile avant qu’elle ne soit exposée dans le hall de la mairie lors d’une cérémonie exceptionnelle. Pas même la postière.

Puis vint le jour où l’on découvrit son œuvre. 

Un « Oh ! » résonna.

Le ventre arrondit et la fraîcheur de la peau étaient magnifiquement représentés. On distinguait à peine le visage.

Entre des jambes plus vraies que nature, on découvrait les lèvres et la pilosité du sexe de la postière.

Du vagin sortait une marguerite.

 

Quelque part ... ici ou là (Extrait) 

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