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26/08/2007
Let's fall in love
Je me suis mis au piano. Bien inspiré ce soir, je sentais mes envies, mes espoirs frémir au bout des dernières phalanges. Je n'avais pas ressenti cette envie de jouer depuis longtemps.
Je balançais l’intro de « Little girl blue » . Jarrett avait toujours eu sur moi une grande influence, il avait rythmé mes soirées, partagé souvent mes fins de nuit, sans doute trop souvent.
Ce soir serait autre chose.
Elle était là, mais comme à chaque fois elle ne me regardait pas. Je savais que cette musique ne l‘atteignait pas, mais j’étais astreint à la retenue.
L’univers autour de moi m’était complètement étranger. J’avais fait le vide. Autour d’Annabelle. Moi l’artiste, j’étais son public, dans le noir devant la scène.
Je réussissais même à sentir son parfum, cannelle, plus persuasif pour mes neurones olfactifs que ces autres odeurs écoeurantes qui m’entouraient.
Se succédaient alors quelques arrangements imparfaits d’Aznavour ou de Brel. Mais tout le monde s’en foutait. Je m’amusais souvent à inclure quelques fausses notes et observer les réactions. Quelques mélomanes levaient la tête, je leur faisais alors un grand sourire entendu.
Je vis approcher Annabelle, je finissais « Ne me quitte pas », j’aurais aimé lui chanter, mais ça m’était interdit.
Dans son tailleur bleu pâle, les jambes parfaitement hâlées, le mollet mis en valeur par ses hauts talons marine, j’étais électrifié.
Arrivée à ma hauteur, elle me gratifie d’un regard et s’arrête pour écouter, quelques secondes. Je profitais de l’occasion. J’attaquais « Let’s fall in love ».
« C’est pour toi … »

Elle repris son plateau, sans réagir. M’avait-elle entendue ?
Au bout du restaurant, je vis le patron qui ne semblait pas apprécier ce morceau d’ Ahmad Jamal, trop rythmé, trop enlevé pour la quiétude de ces clients.
J’allais jusqu’au bout.
Ce soir là je quittais le restaurant pour la dernière fois, je ne revis plus jamais Annabelle, ma belle serveuse.
19:10 Publié dans Fiction musicale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : texte court;jazz
11/08/2007
Petites bricoles
Monsieur Duval est un brave homme. Depuis dix ans dans la même échoppe de bricolage. Un grand échoppe somme toute, de celle où on ne laisse rien au hasard et surtout pas à la concurrence.
Monsieur Duval est au rayon outillage puisqu'il en est le spécialiste ; du marteau au tournevis, de la pince d'électricien au maillet de maçon, rien ne lui est inconnu.
C’est un homme bien sous tout rapport, non-violent, fidèle à son épouse depuis quinze ans, payant ses impôts avec une semaine d’avance, triant scrupuleusement ses déchets, très soucieux de son environnement, pour le plus grand bonheur des éminences écologiques.
D’ailleurs Monsieur Duval vient chaque jour travailler à dos de vélo.
Un jour, alors qu’il rangeait ses étales de clefs à pipe, un monsieur d’une trentaine d’années lui demanda conseil.
« Voilà je cherche une pince.
– Quel genre de pince ? Souhaitez vous couper des câbles électriques ?
– Non plutôt de gros câbles d’acier
– Hum je vois…» Monsieur Duval marque un silence d’expérience.
– Je vous conseille fortement la pince-monseigneur, maniable, et très efficace. »
Tout en présentant le produit à son client .
L’homme sembla intéresser, soupesa l’engin et demanda une démonstration. Ci fait.
Puis Monsieur Duval répondit encore à quelques questions pertinentes quant à la grosseur maximale des câbles cibles, de la garantie constructeur … Puis il laissa son client partir avec le fruit de son désir.
Après quelques autres clients, l’heure de fin de journée l’appela à regagner son domicile.
Délaissant sa chemise verte, son pantalon vert et sa cravate verte, de travail, au profit de son pull en laine et son pantalon de flanelle, il quitta le magasin.
En arrivant à l'endroit où il avait laissé son vélo, le bas de pantalon dans la chaussette droite, il ne trouva que sa chaîne coupée nettement comme à la pince-monseigneur. Un plastique et un ticket de caisse.
Mais point de vélo.
15:42 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : texte bref;
07/08/2007
OGM
Poème proposé chez Ambroise ...
Ça n’est pas ta sève sans goût, arbre sans histoire, que je redoute mais la pauvreté du sourire de tes nœuds.
Je voyage de branches en branches, ne regardant vers le sol que pour mieux évaluer ma crainte
Tu es mon laboratoire, mon éprouvette, mon calibre, je me mesure à toi, arbre sans âge
J’épouse tes mouvements venteux sans réelle stratégie chorégraphique,aurais-tu oublié la jeunesse de tes pousses ?
Nous sommes bien sur ta cime, arbre sans odeur, effleurés de lumière et peuplés de regard
Je ne suis qu’une superposition d’atomes,
comme toi
Serions-nous suspect de ressemblance factice ?
19:45 Publié dans Prose et autes verbes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poesie







