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06/10/2007
Derniers fantômes (2)
Je suis un voyou, une brute épaisse, bien grasse comme un kebab sauce blanche de chez Moktar. J’ai fait mes premiers coups, là-bas, dans l’Alma. Alma, Roubaix. Un de ces quartiers, où il vaut sans doute mieux passer son chemin, si on n’a rien à y faire. Enfin, c’est ce qu’on disait aux flics, quand on zonait au coin d’une rue et qu’ils montraient leur tronche.
C’est là-bas que j’ai appris mon métier de voyou.
A l’époque je traînais avec des mecs pas bien nets, quelques vendeurs de beuh, quelques dealers de calibres, mais aussi quelques fêlés de la religion. J’ai jamais bien cru en dieu, moi, quel que soit son nom. Mais bon, avec tous ces mecs, y’avait aussi du blé à se faire. Y’avait aussi des caïds qui nous faisaient réver. Comme ce Omar Zemiri qui n’avait pas vu ses potes se faire plomber par le RAID rue Carette en 96. J’avais 18 bâtons et je tirais quelques voitures ou me tapais quelques baraques sur Barbieux, le « 16ème » de Roubaix.
Ce matin de mars 96, j’y suis passé moi rue Carette, je revenais de boite avec ma BM volée, j’ai vu tout ce bordel, les supers-flics partout, ça m’a fait bander. Je me voyais m'en faire à la Kalachnikov.
Alors après, j’ai enchaîné. Je suis passé de la BM, pour aller en boîte, à la voiture en série pour le marché russe, à la came.J’ai même fait travaillé quelques filles.
On m’appelait Ultime parce que si on me faisait chier, c’était l’ultime fois. Putain, je m’éclatais bien, j’étais respecté, j’étais riche, j’étais dieu.
J’étais recherché aussi pour quelques braquages. Quelques Crédit Agricole.
Et puis ma meuf est tombée enceinte. Putain, j’ai pris une claque. Un mioche, un vrai. Un petit mec qui s’endort dans tes bras, qui pleure quand t’es pas là, qui te vénère. J'étais plus Ultime mais Gaga.
Je me suis tenu à carreaux pendant 4 ans et puis on a manqué de thune, alors je me suis refait une caisse d’épargne. La dernière fois, pour partir loin.
Ca a mal tourné, le guichetier a déconné, il s’est pris une prune. Les gendarmes ont rappliqué, j’ai réussi à me tirer, mais pas mes potes. Je pense qu’ils m’ont balancé.
Je vous raconte tout ça, je suis venu chercher mon gamin à l’école, il est content de me voir.
Les flics sont là, ils sortent de je ne sais où, me gueulent un truc que je ne comprend pas, je sors les mains de mon blouson pour les lever comme il se doit dans ces moments là. J’entends un truc du genre « lâche ça ! ». Mais j’ai rien. ils ne donnent pas les sommations, ils ne me laissent pas lever les bras. Un truc me fait horriblement mal dans le ventre, puis un deuxième dans le poumon. Des prunes, un arbre entier.
Des pleurs, des cris, une phrase « t’as morflé mon crouille ».
Je suis entrain de crever devant mon gamin.
16:57 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Nouvelle, texte court








Commentaires
salut selig,
pas mal cette histoire qui tourne mal, la dernière phrase est dur dur ,
est-ce une scène à laquelle tu as assisté?
biz.
Ecrit par : if6 | 09/10/2007
Non non mais l'histoire de Oscar Zemiri est réelle .. ça se passait à Roubaix ..
a+
Ecrit par : selig | 09/10/2007
Je ne sais pas pourquoi, je pense à Zem...
Ecrit par : Cali Rise | 24/10/2007
De la fiction à la réalité, un pas, parfois un ravin... Quelques mots et déjà on plonge dans une spirale. La spirale de la vie.
Contente de pouvoir à nouveau te lire.
Bonne journée.
Ecrit par : Ambroise | 27/10/2007
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