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17/11/2007

Il est des murs

L’endroit est un peu spartiate. La couleur unie et insipide y fait beaucoup. Un vert pâle tirant sur un vert anis ayant tout perdu de sa folie. J’avais appris, lors de mon service militaire, que le vert est une couleur qui fait du bien à l’âme, rassurante, un bain de quiétude. C’est pourquoi on la retrouvait sur la ferraille à l'intérieur des chars, des véhicules blindés de combat. C’est également très souvent une couleur d’hôpital.
Je ne sais pas si c’est la couleur qui agrandit mais j’imaginais cet endroit plus petit, plus étroit, plus confiné. Ce n’est certes pas une chambre de palace mais un optimisme fugace accompagne mon entrée, je me dis que j’aurai tout le temps de voir se rapprocher les murs.
A gauche, un premier lit rudimentaire, sur lequel attendait un matelas d’une épaisseur tartinesque semblant ne fournir comme unique confort que l’atténuation des ressorts du sommier, fait face à une table en Formica gris et une chaise de même confection. J’aperçois juste à ma droite, à l’entrée, une étagère de bois, dans le même gris que la table.
Tout au fond , caché par une courte paroi, je distingue l’essentiel de toilette, juste sous la fenêtre.
Je respire un grand coup comme pour emplir le plus vite possible, fataliste, mes poumons de cet air pas encore familier. Je sens une odeur de javel. Cette odeur qui cache des odeurs que l’on veut faire disparaître, faire du neuf avec du vécu.
Nous y sommes alors. Cet endroit me ressemble tellement, cette platitude architecturale, ces couleurs sans pigment, ce parfum industriel.
Je me retourne au moment où la porte se referme, la clef qui tourne dans le canon et qui condamne une fois de plus. Je n’ai pas entendu ce qu’aurait pu me dire le gardien.
J’avance de quelques pas, pose mes quelques affaires sur lit et m’approche de la fenêtre. Je compte six barreaux, 4 à 5 cm de diamètre. Six barreaux, six années.
Je ne semble pas avoir encore de co-détenu, puisque le matelas du second lit est toujours replié. C’est bien d’avoir le choix du lit. J’essaye celui de droite. Celui de gauche.
Je me mets à pleurer.

02/11/2007

Comme un parfum d'aldéhyde


podcast
 

 

Tout d'abord la caresse.
Elle est là, légère entre mes doigts.
Lascive.
Une taille divine.
Elle est si bien roulée qu'aucune aspérité ne vient en contrarier mes chatteries ...
J'écarte légèrement l'index du majeur de manière à la laisser partir vers le sol,
puis d'un coup sec du pouce je la ramène à sa position initiale.

Puis le parfum.
Au début, une odeur âcre, puis peut être un peu de vanille ou de réglisse.
Nul besoin qu'elle soit chaude pour m'enivrer
Je sens déjà les muqueuses à l'affut, les alvéoles résignées
Je ferme les yeux et me souvient

J'approche mes lèvres
Enfin le touché
Elle y trouve sa place de suite, comme si
Elle aussi se souvenait
Ma langue la taquine, je pince les lèvres doucement

Je craque,
Une allumette
Approche

Je la repousse violemment, la brise au creux de la main
Jette le tout
Souffle l'allumette

34ème jour sans tabac.