12/10/2008
La paire d’escarpins noirs
Quand il entra dans la maison, il n’entendit pas un bruit; il était certes très tôt mais il fut surpris de ne pas y voir de vie. Elle avait l’habitude de se lever aux aurores quelque soit l’heure à laquelle elle avait bien pu se coucher.
Ca lui fit du bien de fouler ce plancher, de sentir le parfum de rose qui dominait toujours dans la salle à manger. Il jeta un coup d’oeil circulaire dans la pièce, il constata avec surprise que rien n’avait changer pendant ces quelques semaines; elle passait son ennui à décorer puis à re-décorer son intérieur, achetant de nouveaux chandeliers ou recouvrant le plancher d’un tapis ultra moderne qui dénotait avec les meubles classiques. Il aimait en elle cette nonchalance et ce désir presque incontrôlable de choquer. Là, il retrouva le chemin de table ocre sur la table noire qu’elle avait dressé à leur dernier repas, la même lithographie du “christ de Gala” de Dali au dessus du buffet, le large plat circulaire empli de pétales de roses blanches au centre du bar.
Il posa son sac de voyage près de l’escalier, qui montait à l’étage, et se débarrassa de son pardessus. Il tombait des cordes dehors et l’impact de l’averse sur la verrière au dessus de la cuisine apportait une musique dominicale, il repensa à ces dimanches d’automne, où ils ne pouvaient pas sortir tant le ciel se délestait de son trop plein d’eau et où la chaleur du feu de cheminée, un bon livre ou une discussion sur l’état du monde suffisait à leurs besoins.
Il décida de faire couler un café. Il prépara un plateau déjeuner, il voulait lui faire la surprise. Elle ne l’attendait que demain, mais il avait réussi à prendre le train précédent.
Il monta l’escalier qui menait aux chambres.
Sur le palier, il découvrit une paire d’escarpins noirs, posée sans attention, la chaussure droite à gauche sur son talon et la gauche à droite sur son flanc. La forme lui fit penser à des chaussures de flamenco mais elles étaient ouvertes sur le côté et totalement vernies. Les talons devaient dessiner un joli galbe de mollet. Elles étaient terriblement sexy mais il s’en voulut aussitôt d’avoir eu cette pensée. Il ne les avait jamais vues auparavant mais il ne connaissait pas sa garde robe par coeur. Elle aimait encore se parer et s’apprêter, revêtir des robes farfelues, des jupes frôlant l’indécence, il avait essayé parfois de la raisonner, il n’en recevait qu’un regard aussi noir que les escarpins qui traînaient en haut de l’escalier.
Il entra doucement dans sa chambre, portant le plateau d’une seule main. Les persiennes n’occultaient pas complètement la lumière et le soleil qui se levait entrait par raie dans la pièce.
Il se figea. La pièce sentait l’amour, sentait la peau moite et le sexe tiédit, l’odeur d’effervescence, le parfum de la jouissance, la chambre avait cette odeur puante mais agréable des sécrétions orgasmiques. Autour du lit, les vêtements dénonçaient la folie de l’étreinte et dans le lit un homme que seul un drap léger recouvrait, dormait du sommeil de l'harassé.
Il ne bougeait plus tenant toujours le petit déjeuner pour 2 entre les mains. Elle, n’était pas dans le lit.
“Bonjour mon grand”
Il se retourna, elle était devant lui, à la porte de la salle de bain, menue dans sa chemise de nuit satin, ses cheveux déjà coiffés.
“Bonjour maman”.
09:35 Publié dans Chronique d'un homme ... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, texte court, litterature
02/10/2008
C'est l'abondance
19:39 Publié dans Un peu des autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, mot










