24/01/2009
Homo Plasticius - 1 -
« Je vais te montrer ma nouvelle acquisition! Tu vas voir, tu vas a-do-rer ...
- Je suis curieuse de voir ça. C'est quoi cette fois, une table? Un nouveau porte-manteau?
- Ah ... tu verras ... »
Les deux mégères arrivaient au troisième étage. La première, l'hôte, sortait, et ce pour la troisième fois de la semaine, du salon de coiffure. Encore une fois, elle n'avait pas hésité à se rendre ridicule: cheveux rouges et verts, remontés sur le haut du crâne en lianes tressées comme les cordages servant autrefois à amarrer les bateaux au port. Une tresse rouge, une tresse verte, une tresse rouge, une tresse verte ... jusqu'à atteindre une hauteur d'au moins cinquante centimètres. Plus bas, elle arborait un collier fait d'une succession d'ellipses de couleurs différentes et de diamètre différent. Le premier partait du haut du plexus et le dernier lui chatouillait le dessus de la glotte. Chaque ellipse renvoyait une couleur changeante selon la position où l'on se trouvait. Ce travail d'orfèvres était fortement inspiré des colliers de la tribu birmane Padaungs.
le corps de la quadragénaire était recouvert d'un plastique bleu méthylène épousant chaque forme, la couleur était étudiée pour soustraire à la vue, les excès indélicats dus à la mal-bouffe de l'époque. Mais malgré tous les efforts des ingénieurs chromatiques, on ne pouvait pas s'empêcher d'associer cette femme à une guirlande de Noël.
La deuxième n'avait rien à envier à son amie en terme d'assemblage vestimentaire. Ses pieds se baladaient librement dans des mules trop grandes argentées, collées sur le plat du pied et attachées au mollet pour éviter de les laisser derrière soi à chaque pas. Au-dessus de ces lanières de sécurité, commençait un étrange ballet de lés de tissu multicolores tous fixés au bas d'une culotte d'aluminium. Chaque pas effectué renvoyait à des images de procession chinoise fêtant la nouvelle année.
Pour cacher les seins, seul un soutien-gorge, composé de deux boîtes cubiques, agrémentait le torse de l'invitée. On pouvait imaginer sa souffrance, les deux cubes étaient reliés au centre par un fil d'acier et dans le dos} par un élastique qui compressait la poitrine. « N'est pas belle, celle qui ne souffre pas! ». Elle était plus jolie que son amie, une des rares femmes de la ville ne dépassant pas les soixante-dix kilos.
Elles n'avaient plus à plaire à personne si ce n'est à elles-mêmes ...
L'ascenseur s'arrêta au vingt-deuxième étage. Elles longèrent le couloir, doucement, juste histoire de regarder chaque appartement dont la vie s'étalait derrière ces grands murs de verre.
On avait aboli, par mode architecturale, les murs de plâtre. Les architectes étaient partis du postulat très simple: nous aimons voir nos congénères vivre car nous aimons montrer à ceux-ci que nous vivons mieux qu'eux. Les séparations entre les pièces donnant sur les parties communes et celles-ci, étaient faites de Kevlar transparent, juste un peu fumé, pour le mystère, sauf les chambres qui n'avaient pas succombé à la pudeur sexuelle, encore très forte. Les murs des chambres se composaient d'un matériau, également transparent, mais qui prenait une couleur opaque à la demande. Il était possible, pour les plus riches, de distiller des images animées ou des vidéos par ce biais. Elles passèrent devant un appartement où elles distinguèrent deux femmes discutant autour d'une homo-tablette :
« Elles s'émoustillent le bas-ventre ensemble, lança la guirlande
- Ah bon? S'offusqua l'autre, comment le sais-tu? Tu les as vues?
- Non, c'est leur ouvre-tout qui l'a dit à mon fauteuil et il me l'a répété.
- Ah ah ... il te raconte bien des choses, insinua miss cubes.
- Bah oui, je lui demande de me parler de temps en temps, quand il est en mode relaxation, cela me fait un bien fou ... il a une voix giga sensuelle .. tu pourras essayer si tu veux ..
- Je ne dis pas non. N'empêche que je n'en reviens pas, elles ont pourtant l'air bien toutes les deux?
- C'est de celles là qu'il faut se méfier! Sous leurs airs de parvenues, elles n'ont aucun sens des convenances! »
à suivre ...
15:08 Publié dans Nouvelle à suivre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : texte court, anticipation, société










Commentaires
De la science fiction sur le sexe des anges ! belle ambiance, troublante... les murs transparents semblent cacher quelques secrets poisseux et intrigants. alors oui, "à suivre"...
Ecrit par : Etienne | 24/01/2009
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