02/02/2009
Homo plasticius - 4 -
Koralie Aluen était ce qu'on appelait une Man styliste. C'est elle qui inventa le concept de l'homme-chose. Elle baptisa ce concept: Homo Plasticius. Un jour, elle croisa un homme qui allait se jeter du pont d'Iéna, cela arrivait de plus en plus fréquemment, elle le retint et l'emmena chez elle. Il lui expliqua qu'il est à bout de souffle, toujours crève la faim, toujours sale ... Elle lui proposai dans un éclair de génie, de rentrer à son service comme porte-manteau nourri, logé blanchi. Son travail: rester dans le hall tant qu'elle était là et éveillée et maintenir vestes, manteaux et écharpes comme un fidèle perroquet en sapin. L'homme, il s'appelait Alain, tout d'abord refusa, l'insultant même d'esclavagiste, puis revînt quelques jours plus tard, au bord de l'hypothermie, acceptant tout sans concession.
Dès les premières fêtes organisées chez la styliste, le concept ébranla le tout Paris puis tout le pays. ! Mais il fit son chemin. Tout le monde y trouvait son compte. Alain prêcha la bonne parole auprès de ses congères. Les magasines de design firent le reste. Les hommes devinrent tout à tour porte-manteaux, fauteuil, table de salon, ouvre-boite, étagère! chandelier ... Les femmes s'évertuaient à trouver chaque jour une nouvelle idée. Koralie Aluen était la plus forte à ce petit jeu.
Il était également de bon ton de s'emprunter les outils du quotidien: « Tiens, dis donc voisine, ce soir j'ai des copines à la maison, tu pourrais me prêter quelques chaises? » Evidemment ce luxe se réservait à la classe supérieure, les petites gens continuaient à user du mobilier standard, chaise en pailles, table en tek ...
Les critères de recrutement n'était pas que le physique. Pour être abat-jour ou litière du chat, nul besoin d’être canon de beauté. Il fallait que ça suive avec l'intérieur! Tout est question de goût !
Depuis presque huit ans, cette mode perdurait. Les Quadragénaires n'avaient jamais connu les hommes en tant qu'homme, rien ne leur semblait plus normal que d'utiliser ces êtres de chair à des fins pratiques.
« Elle est forte cette Koralie remarqua la délassée
- Quand tu vas voir Pablo, je pense que tu vas craquer aussi, dit la mystérieuse en se levant
- Pablo? C'est quoi?
Un homme entra dans la pièce. Il était beau. Grand, cheveux ras, petites lunettes rondes, vêtu d'un pantalon pyjama très ample orange, d'une chemise encore plus large jaune.
« Vous m'avez appelé, madame? - Cylia, voici Pablo, mon WYM.
- VVYM ? A quoi ça sert?
- With Vou Man, homme de compagnie.
L'autre n'en revenait pas. Elle jouait nerveusement avec ses bandes de tissus qui s'étalaient partout sur le sol.
« Je ne vois toujours pas l'utilité, excuse-moi ma chérie !
- C'est mieux qu'un chien ou qu'un chat. Ca te parle, ça te fait la lecture, et oui il sait lire, il est cultivé. Il est même drôle.
- Et où tu l'as trouvé, déjà l'air intéressé
- Chez Koralie, il paraît qu'elle produit à tour de bras, on dit même qu'elle est en rupture de stock ...
Koralie, à 96 ans, avait tout compris et tenait le monde par les couilles.
FIN
14:00 Publié dans Nouvelle à suivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, anticipation, société










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