21/02/2008
Le pantalon jaune
Je suis un pantalon. Un pantalon jaune. Un jaune quelconque qui tire sur le safran. Et puis dans le style africain, voyez. Je ne suis pas gâté et là j’en ai marre. J’en ai marre de ce jaune. Rouge ou marron, ça irai plus dans le style.
Alors j'ai decidé de ne plus être enfilé ! Je me suis caché.
« Chérrrrrri ! T’as pas vu mon pantalon jaune ?
- Quel pantalon ?
- Ben tu sais, mon pantalon jaune, un peu africain là, je l’ai mis la semaine dernière
- Mouais, chépa
- Mais si, il est jaune, un peu bouffant, je le mets souvent.
Moi je n’en peux plus qu’on ne me voit pas, même avec mon jaune. Alors je reste là où je suis, là ou elle me trouveras pas. Elle n’a qu’à me teindre !
« Mais c’est pas possible, où il est. T’es sur que tu l’as pas vu ?
- Tu veux pas mettre le bleu là ? Il est bien aussi.
Bah oui, il est bien le bleu, j’aurai pu être bleu. Je ne laisserai pas passer une jambe pour qu’elle me voie !
« Mais bon sang, j’adore ce pantalon, je le met tout le temps, tu dois bien le connaitre
- C’est un velours ?
- Mais n’importe quoi, toi !
Un velours rouge, pourquoi je ne suis pas un velours rouge ?
Merde, elle se rapproche, et je ne peux pas bouger, je ne suis qu’un pantalon.
« Peut être qu’il est au sale !
- Ah bah oui, si tu le met tout le temps.
Nooon !
« Bah non pas là non plus.. tu me le caches ou quoi ? Tu l’aimes pas ?
- Ben non... en fait
- …
La revoilà.
Elle m’a retrouvé. Je vais me retaper la déambule de rue.
Qu’est-ce qu’elle fait ?
Elle me jette.
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21/05/2005
Chaise
Je suis une chaise. Une chaise publique. Verte et en fer.
A la sortie de l'usine, je me croyais destinée à la terrasse ombragée d'un bar provençal. Je me voyais déjà être la bénédiction des joueurs de pétanque restés debout trop longtemps, la bénédiction de ces fins de journées en mal d'anisette .... je me suis retrouvée au Jardin des Tuileries à Paris.
Brinquebalée du Grand Carré à l'esplanade des Feuillants, obligée de supporter, à longueur de journée, de la fesse Mac Donald, les savates d'enfants turbulents ou le cuir de leur ballon, le lâché de glace au chocolat de touristes maladroits qui préfèrent changer de souffre-douleur que d’éponger … laissant ce plaisir aux baveux canins de la bourgeoisie parisienne, les gesticulations hémorroïdaires de vieux hommes fatigués, le balancement à deux pieds d’étudiants en psychologie révisant l’autisme …
Oui j’en ai vu des culs depuis mon 1er verni, et pas des plus gracieux, et pas des plus moelleux, et pas des plus récents … Des qu’il faut soutenir des heures parce que la pluie ne s’annonce pas et parce que Guy des Cars ou Patricia Cornwell.
Et puis quoi … au bout du compte, on ne me donne guère de considération ! Il n’est rien de noble à être un rejeton de Le Nôtre !
J’ai perdu mon vert de jeunesse, la laque qu’on respectait avant de m’affliger son arrière-train ! On époussetait l’assise avant d’en profiter, de peur de l’abîmer !
Maintenant que les affres du temps ou des pots d’échappement ont eu raison de cette peinture qui faisait ma splendeur, on me regarde à peine ou juste pour vérifier que je suis libre … on ne voit plus en moi l’objet mais la fonction, on n’admire plus la couleur mais on déplore les tâches de rouille qui risquent de salir les vêtements.
Après tout je ne suis rien de plus qu’une chaise … une chaise publique, à qui on pense ne rien devoir puisqu’elle fait son office …
Mais un jour, un couple s’est approché de moi, j’étais alors au bord du grand bassin, une mère m’avait déposée là, la veille, pour surveiller son fils qui jouait au bateau … c’était en septembre, il y a presque 5 ans. Elle s’est délicatement assise, me passant le bras autour du dossier. Lui s’est mis en face d’elle, sur une consoeur. Il n’y avait personne, il était tôt …
Ils se connaissaient mais se sont découvert, parlant d’un amour léger qu’on veut juste effleurer pour sentir sa caresse, ne se promettant rien mais se jurant tout .. ils sont restés là, j’ai senti que je venais de contribuer à une belle histoire, ils le pensent, je le sais car c’est lui aujourd’hui qui me fait parler …
"... Ils s'apercevront, émus,
Qu'c'est au hasard des r'us,
Sur un d'ces fameux bancs,
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour ..."
Georges Brassens
17:34 Publié dans Les choses ont une âme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : texte court









