01/05/2008

Absoudre

J’entre dans le bus, pas tout à fait bondé mais aucune place assise ne me permet de soulager mes pauvres jambes, déglinguées par de longs trépignements dans les rues commerçantes de la ville. J’aspire à retrouver mon chez moi, mon canapé, ma télé, ma table basse où je laisserai traîner mes pieds engourdis.
Je pense à ces instants savoureux et le bus s’engage dans la circulation. Bientôt il tournera à droite dans la rue Anatole France puis place de la République. Je regarde au tour de moi, mes compagnons de voyage. 2 familles maghrébines discutent au fond du bus, les enfants sautant d’un siège à l’autre. Une jeune fille perdue dans un magazine d’adolescent, les écouteurs de son MP3 vissés dans ses oreilles, elle bat le rythme avec son pied droit, un morceau vraisemblablement rapide, un mix de tecktonick peut être. Juste devant elle, un quadragénaire, pardessus anthracite, cravate colorée sur costume sombre, il regarde défiler les bâtiments, les rues, les pietons. Je le vois suivre du regard, une jeune fille promenant son sharpei dans la rue A. France. Il rentre sans doute chez lui, il doit sûrement trouver sa vie sordide et sans intérêt, un femme jolie mais pas superbe, il ne la trouve plus sexy, il pense à cette nouvelle assistante au bureau, il la voit bien promenant son sharpei, il se voit bien tenir la laisse de la main gauche et sa main douce de la droite.
Place de la république, le bus s’arrête à l’arrêt devant la mairie. Quelques personnes descendent, mais toujours pas de place assise. Une vieille dame monte, une mère de famille lui propose sa place mais la vieille dame refuse d’un sourire et d’un geste de la main.
Elle est emmitouflée dans un gros manteau doublé, la fourrure lui protégeant le cou. Elle n’est pas très grande, les cheveux gris bien permanenté. Elle jette des regards sur chacun des passagers, semblant chercher quelqu’un ou jaugeant chacun d’entre nous. Je la vois sourire en regardant les petits du fond du bus. Quand nos regards se croisent, je vois ses petits yeux bleus, entourés de rides moqueuses. Elle ne se détourne pas, je me sens happé par ce regard, presqu’intimidé je repars sur mon quadragénaire mélancolique.
Le bus s’approche du square Jaures. La circulation est difficile, les travaux pour la nouvelle mosquée coupant une bonne partie de la voie.
“Vous croyez en Dieu ?”. La petite veille est devant moi.
“Euh .. non .. pas vraiment” surpris par cette question et cet accostage.
Le bus se fraye un chemin, passe devant la mosquée et se dirige rue Onfray pour s’arrêter devant l’école laïque Voltaire.
“Plus personne ne croit en Dieu, c’est le début de l'apocalypse” Je regarde interloqué cette vieille dame me débiter ses versets, tout en ouvrant son manteau.
Une ceinture de batons de dynamite lui entoure le ventre, des fils bleus et rouge. Je l’entend crier “Jésus notre sauveur”, je la vois appuyer sur un bouton ...


“Nouvel attentat revendiqué par l’organisation intégriste chrétienne “Jesus Notre Sauveur”. 35 morts, autant de blessés. C’est le 3ème attentat en 6 mois de ce mouvement qui se dit proche de l’Opus Dei”
 

20/04/2008

Now future

A la gendarmerie

- Alors ?  

- Et bien la mère de mes enfants est une punk monsieur l'agent.

- Ah ?  c'est ennuyeux

- Oui. Effectivement. A vrai dire, je ne m'en suis pas aperçu tout de suite, les symptômes étaient légers, vous voyez, à peine une nonchalance.

- Evidemment

- Et puis après, de pire en pire. Par exemple, elle a cessé d'appeler sa mère le soir. Ou elle ne mouche plus les enfants qui ont le nez qui coule. Je suis ennuyé. Je pensais qu'il s'agissait d'une dépression, mais non ma femme est punk. Regardez cette photo, on voit la courbe de ses seins.

- Elle n'est pas prude

- Je ne vous fais pas le dire, et encore je ne vous ai pas montré les plus croustillantes.

- Malheureusement nous ne pouvons rien faire, même si nous le regrettons, il n'y a encore aucune loi contre les punks !

- Mais si ça empire ?

- Consultez. Il existe de très bonne thérapie, mon oncle a guerri sa fille rapidement alors qu'elle était punk avancée. Pour vous dire, elle écoutait Henri Salvador en boucle.

- Mais ça fait 20 ans qu'il a disparu !!

- C'est pour vous dire ...

- Comment est-elle maintenant ?

- Plutôt baba cool, pull qui tombe sur les genoux, écharpe au tour du cou, elle donne de la salade à ses enfants.

- Ca fait envie, moi la mienne ne cuisine que de la viande argentine !

- Ca doit être son côté punk. Consultez avant qu'il ne soit trop tard !

19/03/2008

Bruit

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique “

Papa, t’as vu mon dessin, il est beau hein ?

Il releva la tête.
- Oui il est beau ma chérie
- C’est une fleur avec un oiseau
-- Oui oui ...

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi“

Il reçut le ballon sur le côté de la tête, assez mollement mais la surprise était totale.
- Oh pardon Papa, je ne l’ai pas fait exprès
- Tu ne peux pas faire attention Elliot ? dit-il sur un ton où perçait un début d’énervement.
- Excuse moi papa
- hum hum

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, “

- Oh regarde papa, j’ai fait un soleil en plus ... papa regarde ... .papa regarde mon soleil
Un boule s’était formée au fond de la gorge, il regarda sa fille puis le dessin de sa fille.
- Oui il est beau, mais laisse moi un peu ma puce

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, “

Quand le chat avide de câlin lui sauta sur les genoux, puis de virulent coups de têtes sur la main réclama quelques chatouilles, il l’envoya valser d’une seule main a un mètre du fauteuil où il avait pris place quelques minutes plutôt. Il tenta même de conclure d’un coup de savate mais Moustique le chat n’avait pas demandé son reste.
Il souffla.

“ la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la “

- Chériiii ? ...  Chériiiiiii ? T’as pas vu mon velours rouge ?

Il déposa méthodiquement son marque-page entre la page 32 et la page 33. Déposa le livre sur l’accoudoir. Il se leva et rejoignit sa femme. Il se planta devant elle et cria

- Putain mais vous ne pouvez pas me laisser tranquille 10 mn ? C’est trop demandé ? Je ne mérite pas de poser mon cul sur un fauteuil et me plonger dans un bouquin ? Je n’ai pas le droit à ça ? Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? J’aimerai qu’on respecte mon repos dans cette maison ! J’aimerai qu’on respecte ma bulle ! C’est sacré la bulle !
- Mais ...

Il n’écouta pas sa femme, reprit sa place sur le voltaire et le bas de la page 32.

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la désacralisation.“


Texte extrait de l’essai “Bruits” de Jacques Attali

26/10/2007

Je t'aime sale con

Nous sommes six autour de la table basse, le cul absorbé par l’onctuosité de coussins japonais. Il y a Francine, quadragénaire accomplie, qui a toujours conjugué amour avec expérience, orgasme avec addiction et désillusion avec état de santé.
Piotr, breton d’origine, dont les parents, rennais de souche, vouaient une passion pour les Balkans, sans que jamais personne ne sut pourquoi. Piotr, trente-sept ans, manager chez Mac Do est marié avec Suzette, militante de Greenpeace et ex-mécanicienne dans l’armée de terre. Suzette n’est plus là.
Entre Francine et Piotr, Coco. SDF par conviction, sauf l’hiver où il trouve refuge dans une dépendance de la maison de Francine. Chacun de nous essaye de trouver son vrai prénom, c’est un petit jeu en leitmotiv. Moi, je pense qu’il s’appelle Gustave, mais je n’ai pas vraiment d’arguments pour étayer. Ca lui va bien, surtout l’été, quand sa peau tannée fait ressortir sa barbe broussailleuse. Coco, on ne connaît pas son âge ni les réelles convictions qui l’ont poussées dehors. On l’aime seulement. Il trouve dans chaque nuage une forme et dans chaque forme un sens à la régulation économique ou aux symptômes psychiques du malaise humain. Coco ne boit jamais.
En face de Coco et à ma gauche, Omer, le plus jeune d’entre nous. Et le plus fougueux. Homosexuel depuis un malentendu opportun. Il a trouvé sa place dans le groupe alors qu’il avait sonné à la porte pour le calendrier des éboueurs; lui conduisait les camions. Moi je l’ai trouvé beau alors, il représentait une masculinité dérangeante, de celle dont les femmes ont peur et une de celle que les hommes jalousent.
A côté de lui, Eve. En fait, elle s’appelle Evelyne mais dès sa majorité, elle a imposé Eve, c’est plus originel nous dit-elle toujours. Seule sa mère n'obéit pas à cet édit. Elles ne parlent plus depuis longtemps.
Et puis il y a moi, quadra archétypé, qui ait toujours pris la télé comme un média de communication.


Nous sommes le 18 septembre et comme chaque 18 septembre, nous avons rendez-vous avec le miroir. Sur la table basse, le borsalino de Piotr avec six papiers pliés et chacun d'eux un prénom. Francine plonge la main et en choisi un. C’est mon prénom qui sort.
C’est Eve qui démarre. “Je ne supporte plus ton égocentrisme artificiel. Putain mais arrête de croire que nous n’avons que du bon à tirer de toi. Tu as toujours une bonne raison de nous ramener à toi. Pendant un an, je ne veux plus entendre “moi je” sortir de ta bouche. Je t’aime”. Même si on s’y prépare, j’ai envie de chialer.
Puis Coco. “Je t’aime”. “Non Coco, tu dois dire quelque chose !”. “Vous faites chier... Ca t’arrive de puer de la gueule et même moi qui suis dans le rue, ça m’écoeure. Je t’aime”
Puis Piotr et Francine, qui me trouve par trop mélancolique ou vieux con. Enfin Omer. “C’est mon deuxième 18 septembre et ça tombe sur toi. Tu sais que je t’aime mais par pitié arrête de penser que tout est noir. Tu plombes toutes nos soirées avec ton pessimisme de merde. On en peut plus de t’entendre geindre. Ferme ta grande gueule ou souris. Je t’aime.”
Silence. Quelqu’un ouvre une nouvelle bière.
Je recherche du bon dans ces messages. Mon prénom n’avait encore jamais été tiré. Suzette avait plus morflé que moi, moi même je n’avais pas été tendre. Elle avait beaucoup pleuré, on l’avait plus vue.
Je les regarde les uns après les autres.
“Moi aussi je vous aime”.
Francine se lève elle et son verre “Allez ! Sous l’amitié, il y a toujours du pue à faire sortir. A cette nouvelle année à s’aimer ! Tchin et bizzz !”

Tchin et bizzz !

06/10/2007

Derniers fantômes (2)

Je suis un voyou, une brute épaisse, bien grasse comme un kebab sauce blanche de chez Moktar. J’ai fait mes premiers coups, là-bas, dans l’Alma. Alma, Roubaix. Un de ces quartiers, où il vaut sans doute mieux passer son chemin, si on n’a rien à y faire. Enfin, c’est ce qu’on disait aux flics, quand on zonait au coin d’une rue et qu’ils montraient leur tronche.
C’est là-bas que j’ai appris mon métier de voyou.

A l’époque je traînais avec des mecs pas bien nets, quelques vendeurs de beuh, quelques dealers de calibres, mais aussi quelques fêlés de la religion. J’ai jamais bien cru en dieu, moi, quel que soit son nom. Mais bon, avec tous ces mecs, y’avait aussi du blé à se faire. Y’avait aussi des caïds qui nous faisaient réver. Comme ce Omar Zemiri qui n’avait pas vu ses potes se faire plomber par le RAID rue Carette en 96. J’avais 18 bâtons et je tirais quelques voitures ou me tapais quelques baraques sur Barbieux, le « 16ème » de Roubaix.

Ce matin de mars 96, j’y suis passé moi rue Carette, je revenais de boite avec ma BM volée, j’ai vu tout ce bordel, les supers-flics partout, ça m’a fait bander. Je me voyais m'en faire à la Kalachnikov.

Alors après, j’ai enchaîné. Je suis passé de la BM, pour aller en boîte, à la voiture en série pour le marché russe, à la came.J’ai même fait travaillé quelques filles.
On m’appelait Ultime parce que si on me faisait chier, c’était l’ultime fois. Putain, je m’éclatais bien, j’étais respecté, j’étais riche, j’étais dieu.
J’étais recherché aussi pour quelques braquages. Quelques Crédit Agricole.

Et puis ma meuf est tombée enceinte. Putain, j’ai pris une claque. Un mioche, un vrai. Un petit mec qui s’endort dans tes bras, qui pleure quand t’es pas là, qui te vénère. J'étais plus Ultime mais Gaga.
Je me suis tenu à carreaux pendant 4 ans et puis on a manqué de thune, alors je me suis refait une caisse d’épargne. La dernière fois, pour partir loin.
Ca a mal tourné, le guichetier a déconné, il s’est pris une prune. Les gendarmes ont rappliqué, j’ai réussi à me tirer, mais pas mes potes. Je pense qu’ils m’ont balancé.

Je vous raconte tout ça, je suis venu chercher mon gamin à l’école, il est content de me voir.
Les flics sont là, ils sortent de je ne sais où, me gueulent un truc que je ne comprend pas, je sors les mains de mon blouson pour les lever comme il se doit dans ces moments là. J’entends un truc du genre « lâche ça ! ». Mais j’ai rien. ils ne donnent pas les sommations, ils ne me laissent pas lever les bras. Un truc me fait horriblement mal dans le ventre, puis un deuxième dans le poumon. Des prunes, un arbre entier.

Des pleurs, des cris, une phrase « t’as morflé mon crouille ».
Je suis entrain de crever devant mon gamin.




11/08/2007

Petites bricoles

Monsieur Duval est un brave homme. Depuis dix ans dans la même échoppe de bricolage. Un grand échoppe somme toute, de celle où on ne laisse rien au hasard et surtout pas à la concurrence.

Monsieur Duval est au rayon outillage puisqu'il en est le spécialiste ; du marteau au tournevis, de la pince d'électricien au maillet de maçon, rien ne lui est inconnu.
C’est un homme bien sous tout rapport, non-violent, fidèle à son épouse depuis quinze ans, payant ses impôts avec une semaine d’avance, triant scrupuleusement ses déchets, très soucieux de son environnement, pour le plus grand bonheur des éminences écologiques.
D’ailleurs Monsieur Duval vient chaque jour travailler à dos de vélo.

Un jour, alors qu’il rangeait ses étales de clefs à pipe, un monsieur d’une trentaine d’années lui demanda conseil.
« Voilà je cherche une pince.
– Quel genre de pince ? Souhaitez vous couper des câbles électriques ?
– Non plutôt de gros câbles d’acier
– Hum je vois…» Monsieur Duval marque un silence d’expérience.
– Je vous conseille fortement la pince-monseigneur, maniable, et très efficace. »
Tout en présentant le produit à son client .

L’homme sembla intéresser, soupesa l’engin et demanda une démonstration. Ci fait.
Puis Monsieur Duval répondit encore à quelques questions pertinentes quant à la grosseur maximale des câbles cibles, de la garantie constructeur … Puis il laissa son client partir avec le fruit de son désir.

Après quelques autres clients, l’heure de fin de journée l’appela à regagner son domicile.
Délaissant sa chemise verte, son pantalon vert et sa cravate verte, de travail, au profit de son pull en laine et son pantalon de flanelle, il quitta le magasin.

En arrivant à l'endroit où il avait laissé son vélo, le bas de pantalon dans la chaussette droite, il ne trouva que sa chaîne coupée nettement comme à la pince-monseigneur. Un plastique et un ticket de caisse.
Mais point de vélo.

28/07/2007

Dieu seul

C'est une petite vieille pas bien gaillarde ces derniers temps. Elle aimerait poser là sa dernière ride comme une offrande à l'hypocrisie de la vie mais rien n'y fait, chaque matin elle met le pied droit sur la peau de mouton, dont il ne reste que le cuir, qui traîne au pied de son lit.

Elle aimerait tant rejoindre son Emile là-haut. Mais Dieu ne veut pas d'elle ! Pourtant elle quémande chaque jour au confessionnal par l'intermédiaire de l'abbé. Ne passerait-il pas le message ? Faillirait-il à sa tâche. Il est vrai qu'il tente toujours de la forcer à aimer la vie, mais il y a longtemps qu'elle n'aime plus ça Paulette. 84a6ca9a20ce93c9c36fae66728f5359.jpg

Et chaque jour à l'entrée de l'église, elle voit ce vitrail qui lui assène cette vérité. Dieu Seul ... Dieu seul décide, Dieu seul est roi dans ses terres.  

Elle se demande bien pourquoi Il s'acharne. Elle souffre de milles maux, des cheveux aux orteils, elle s'ennuie, n'apprécie plus les feuilles de saules qui lui servent de parasol l'été, ne prend plus goût au petit porto avant de passer à table. D’ailleurs elle n’aime plus manger.

Mais Dieu seul … alors elle patiente.

Un matin, Paulette ne posa pas le pied sur le cuir de mouton. On lui fit un enterrement digne de la doyenne du village, l’abbé expliqua que Dieu avait rappelé Paulette à lui, que Dieu est maître en son royaume et qu’il fallait prier pour le repos éternel de Paulette. Comme si tout ça était bien triste.

L’histoire ne dit pas si le paradis de Paulette existe, ni même si elle avait retrouvé son Emile, l’histoire nous apprend que Dieu seul … Alors à quoi bon, hein ?





20/06/2007

Post-it

Je devais faire quelque chose, je ne sais plus. Il y a tellement de choses à faire.
Je reste assise, j'ai peur d'avoir oubliée, je sais que j'ai oublié.
Toujours la même chose, il faut toujours penser à quelque chose.
25fabac5226c0111334d2fee4356a0ba.jpg
Moi je trouve ça dur et lui ne comprend pas.
Il me dit que je suis une cruche, que si j'ai peur d'oublier, je n'ai qu'à noter tout ça sur des post-it.
Un jour, il revient avec un tas de post-it qu'il a pris à son bureau.
Des rouges, des roses, des bleus mais pas de jaune.
Je trouve ça con puisque d'habitude, les post-it c'est jaune. Je ne dis rien, il va encore penser que je me fous de lui.

"Voilà, tu peux tout écrire maintenant et les coller dans les endroits où tu passes le plus souvent."

Acheter du pain. Paf, sur le frigo. Appeler le dentiste pour décaler le rendez-vous. Sur le téléphone. Penser à verrouiller la porte et emporter l'autoradio. Collé sur le tableau de bord.

Je rentre de chez le dentiste, et je vois le post-it sur le frigo.

Je n'ai pas acheté de pain.

14/06/2007

Insouciance

"et ben tu sais papa, je me souviens de tout, il suffit que je regarde dans ma tête".
"Ah oui ?"

Ca a quelque chose d'attendrissant. Il est devant moi et je me dis que ça doit être sympa d'être un petit garçon, retomber en enfance pour regarder dans sa tête et n'y voir que des choses jolies.
Ca me donne presqu'envie de chialer. Il ne s'aperçoit de rien, pour lui tout ça est naturel .. Il me dit se souvenir l'avoir emmener à mon travail, qu'il y avait un docteur très gentil. Puis aussitôt il change de sujet. Un vrai gosse.
"Tu vois là, je suis tombé, c'est Henri qui m'a poussé parce que je voulais prendre sa bille". Il me montre un bobo imaginaire sur la main, sa main perlée de tâche, sa main qui tremble.
"Oui mais on a sans doute mis de la crème". Il opine.
Peut être que je ne devrais pas rentrer dans son jeu. Ils ne m'ont rien dit là-dessus. Ils disent qu'il faut faire avec. Il n'a que moi.
Je crois qu'en fait, maintenant il est heureux. Il est redevenu insouciant. Au début, c'était plus dur, il se rendait compte mais maintenant...
Je regarde ma montre, il faut que je parte.
"Allez papy, je vais te laisser, je téléphonerai demain pour savoir comment tu vas". Il opine.
Demain, peut-être serai-je son fils ou son frère, on se ressemble tellement.

17/05/2007

Un 16 mai 2007

16 mai - 11h42 - 3 quai Voltaire Paris

Il entra dans l'appartement, il semblait vide. Personne pour l'accueillir, cette fois-ci. Il se dirigea vers le salon, déplaça le voltaire jusque la fenêtre, piocha dans la bibliothèque "Mémoires d'espoir" et s'installa sur le fauteuil qui portait si bien son nom dans son nouveau chez soi. 

"Alors qu'a-t-il fait lui ce jour là ? se demanda-t-il en ouvrant le 2ème tome des mémoires de De Gaulle.

Il n'était pas vraiment à ses lectures, l'oeil accrochait à l'extérieur, observant les va-et-vient de l'avenue, en pensant à l'autre et ce qu'il commençait.

Il s'endormit. La 1ère fois en douze ans qu'il s'endormait en journée.

 

16 mai - 15H43 - 55 rue du Faubourg Saint Honoré, Paris

Ils arrivèrent à s'isoler dans un des nombreux salons de la résidence.

Il s'affala sur un sofa, les mains derrières le cou, les jambres croisées. Il la toisa d'un regard mi narquois mi amusé. Depuis le début de journée, il arborait ce sourire satisfait. 

"Alors tu vois ce que tu as failli perdre ?,  lui lança-t-il

- Tu m'emmerdes, lui répondit-elle. "

Il observait les dorures et les tapis du salon, il se serait bien laisser aller à fermer les yeux mais déjà l'on frappait à la porte.

"Ca va, je viens, cria-t-il, ils commencent à m'emmerder !

 

 

 

Toutes les notes