24/10/2009

Allumeur

On se connaît, elle m'a demandé. Evidemment, je n'avais aucune excuse honorable de la fixer depuis la station Pont de Bois. J'étais juste attirée par l'arête de son nez, le chocolat de ses yeux, l'ourlet de ses lèvres. J'ai balbutié pour m'en sortir un "euh ... tu n'es pas Cassandra", m'appuyant sur les faibles statistiques de ce prénom désopilant.

"Euh .. oui, c'est moi .. mais je suis désolée,  ton visage ne me dit rien".

 

22/07/2009

Apolline

Antonìo se prépara avec plaisir  pour accompagner Nati, sa tendre épouse, à l’Algeria prendre le petit déjeuner. Il savait qu’ils y retrouveraient leur couple d’amis Javier et Maria-Jòse. Ils s’y donnaient rendez-vous tous les vendredis. C’était devenu un rituel, presqu’une accoutumance, un besoin simple de parler du vieux-temps qu’il soit bon ou mauvais. Souvent entre deux cafés, ils préféraient n’évoquer que les bons, presque toujours les mêmes.

Ils arrivèrent les premiers au café du centre de San-José. Il y avait déjà foule, plus aucune table n’était disponible à l’intérieur du restaurant, les habitués ayant pris d’assaut les tables à l’abri du soleil andalou déjà brûlant à 10h du matin. Ils s’en moquaient, ils aimaient le soleil, la douceur ignée du vent venu du sud et charriant avec lui quelques effluves de figuier.

Antonìo s’installa à une table en terrasse laissant son épouse passer commande. Il la regarda se diriger vers le bar. Le temps avait fait son ouvrage, fanant et creusant la peau tannée par le soleil, chaulant la longue chevelure brune, élargissant la descente de reins si souvent jalousée, claudiquant la démarche de danseuse indienne qui l’avait fait craquer. Mais, malgré ses 92 ans, il la trouvait toujours aussi belle et la chérissait plus que tout, il bénissait la vierge de lui avoir laissé toutes ses années à ses côtés et priait qu’il y en ait encore quelques unes.

 

Javier et Maria-Jòse arrivés, ils entamèrent le churros, long serpent de pâte à beignet frite, et leur café au lait. Javier commentait sa lecture d’El Paìs, et comme à chaque fois, il se demandait, prenant la tablée à partie, dans quel monde pouvions nous bien vivre et son épouse de rétorquer qu’il y a encore trente ans c’était pire. Mais Antonìo n’écoutait plus, il observait un couple de touristes et leurs deux enfants qui venaient de prendre place sur la table d’à côté. Il s’amusa d’abord de leur trouble, ils ne savaient visiblement pas ce qu’il convenait de faire pour être servis. Puis, prêtant plus attention, il reconnut la langue et comprit qu’il s’agissait de Français. La blondeur de la femme, les cheveux tirés en arrière et regroupés en une queue de cheval dégageant de petites oreilles bien ourlées et une fine nuque le projeta comme propulsé par la machine d’HG Wells, 60 ans plus tôt.

 

Il se voyait à la descente du train dans la gare de Lille après ce long voyage de clandestin, fuyant les affres franquistes et laissant sa Nàti dans sa castille natale. Puis il se souvenait de la filature à Roubaix dans laquelle on le payait pour porter les sacs de laine que les machines avalaient dans un vacarme étourdissant d’engrenages et de pièces métalliques qui s’entrechoquaient. Comment s’appelait-elle déjà ? Il voyait encore la rue pavée qu’il fallait suivre et ces maisons collées les unes aux autres comme pour conserver le peu de chaleur que le soleil du Nord voulait bien offrir. Puis il se souvient d’Apolline, la blancheur de ses seins et la blondeur de ses cheveux, un chignon offrant à sa vue deux lobes magnifiques qu’aucune boucle ne venait cacher. Il était devenu fou de cette peau d’albâtre et elle de ce toréro venu de loin. Il faillit oublier les oliviers, les orangers et le Guadalquivir dans les bras flamands qui le réchauffaient d’un hiver difficile. Il y serait encore si la missive le prévenant de la mort imminente de sa mère ne l’avait obligé à prendre le risque de rentrer au pays.

 

Antonìo ! Antonìo ! Que pasa ?

Il s’aperçut que sa femme et ses amis le regardaient surpris, il avait dû rester longtemps à refouler les pavés de cette rue roubaisienne. Il leur fit un sourire les rassurant sur son état mental, se leva et se dirigea vers la table voisine où le couple attendait toujours une éventuelle serveuse.

"Bonne jour, aller dans le maison pour demander le café."

Le fantôme d’Apolline le remercia et accepta qu’il l’emmène avec lui dans le café pour y commander deux cafés et du jus d’orange.

Il entendit Javier se plaindre de son jeune voisin qui ne respectait pas son grand âge, comme tous les jeunes, de notre temps ... la vie reprenait son cours.

20/07/2009

Mensonge

La femme glissait peu à peu, centimètre par centimètre, vers le fond du trou. Cette lente récession avait commencé quelques jours auparavant  quand il lui annonça l’irréversible. Il n’est jamais facile d’entendre une simple vérité. Du factuel. Incontestable. Ca lui fit le même effet que la première fessée que sa mère lui affligea à l’âge où les câlins sont les bienvenus. Elle aurait sans doute préféré un mensonge, qu’il lui dise que ça n’était rien, qu’il ne L’avait pas revue, qu’Elle avait disparu, que tout ce qui s’était passé depuis allait dans le bon sens pour elle. Un mensonge, c’est si subtil, édulcoré, c’est comme l’iceberg que l’on regarde du pont d’un bateau, blanc immaculé, on n’y voit pas dessous. Elle appréciait les mensonges, les omissions, elle appréciait mentir, masquer la vérité, trouver le bon ton et la bonne raison pour que la personne dupée soit immédiatement convaincue. Elle appréciait aussi qu’on ne lui dise pas tout, elle détestait la franchise, ce dédain cruel du bonheur des autres. La cachoterie  rend les gens heureux, apporte la joie là où il y a malheur. « Il n’a pas souffert, il souriait même quand il s’est éteint. » Elle se souvenait de la phrase du médecin qui lui annonçait la mort de son père alors qu’elle arrivait avec sa mère à l’hôpital. Elle s’était dit alors qu’il était parti heureux et soulagé. Elle savait au fond d’elle qu’il avait souffert atrocement, que la maladie l’avait rongée jusqu’à la lie mais sa naïveté prenait toujours le dessus.

 

Son mari n’avait pas cru bon flatter sa candeur et l’avait assénée d’un coup sec, un uppercut cinglant qui l’a mise directement au tapis au sens propre comme au figuré. S’il lui avait menti, jurant sur sa propre vie, même si cela n’avait pas de sens dans ces circonstances, qu’il resterait avec elle, que rien ni personne ne l’enlèverait à elle et que, oui, on ne La verrait plus, qu’Elle ne reviendrait plus, qu’il avait réussi à s’en débarrasser, alors elle lui aurait sauté au cou, lui préparant ses tripes à la mode de Caen qu’il appréciait tant, elle aurait acheté de la nouvelle lingerie, invité ses amis du club de tennis qu’elle ne supportait pas…elle aurait vécu avec elle en la niant jusqu’à son dernier souffle.

Au lieu de cela, elle allait devoir affronter le malheur, sans trouver de goût à la nouvelle lingerie, écœurée par l’odeur des abats et exacerbée jusqu’au dégoût par le conservatisme et la fausse bourgeoisie des joueurs de tennis.

 

« Elle est revenue, et là c’est irrémédiable. ». Il lui avait dit ça en fermant la porte et en enlevant son imperméable trempé par la pluie de novembre. Elle avait réussi à balbutier – Mais ça n’est pas possible – le regardant mettre ses chaussons.

« Elle attaque maintenant le foie et le pancréas. C’est mauvais le pancréas. Le professeur Lamblin a été franc avec moi – un de plus qui prend la franchise pour une vertu, s’était-elle dit, elle ne l’avait d’ailleurs jamais aimé ce docteur tout en os pour qui l’oncologie est un sacerdoce – il m’a dit que c’était une question de mois, qu’il était vain d’envisager une nouvelle chimio. Je vais mourir ma mie. ».

Elle aurait tant aimé entendre dire qu’il était enfin guéri.

01/05/2008

Absoudre

J’entre dans le bus, pas tout à fait bondé mais aucune place assise ne me permet de soulager mes pauvres jambes, déglinguées par de longs trépignements dans les rues commerçantes de la ville. J’aspire à retrouver mon chez moi, mon canapé, ma télé, ma table basse où je laisserai traîner mes pieds engourdis.
Je pense à ces instants savoureux et le bus s’engage dans la circulation. Bientôt il tournera à droite dans la rue Anatole France puis place de la République. Je regarde au tour de moi, mes compagnons de voyage. 2 familles maghrébines discutent au fond du bus, les enfants sautant d’un siège à l’autre. Une jeune fille perdue dans un magazine d’adolescent, les écouteurs de son MP3 vissés dans ses oreilles, elle bat le rythme avec son pied droit, un morceau vraisemblablement rapide, un mix de tecktonick peut être. Juste devant elle, un quadragénaire, pardessus anthracite, cravate colorée sur costume sombre, il regarde défiler les bâtiments, les rues, les pietons. Je le vois suivre du regard, une jeune fille promenant son sharpei dans la rue A. France. Il rentre sans doute chez lui, il doit sûrement trouver sa vie sordide et sans intérêt, un femme jolie mais pas superbe, il ne la trouve plus sexy, il pense à cette nouvelle assistante au bureau, il la voit bien promenant son sharpei, il se voit bien tenir la laisse de la main gauche et sa main douce de la droite.
Place de la république, le bus s’arrête à l’arrêt devant la mairie. Quelques personnes descendent, mais toujours pas de place assise. Une vieille dame monte, une mère de famille lui propose sa place mais la vieille dame refuse d’un sourire et d’un geste de la main.
Elle est emmitouflée dans un gros manteau doublé, la fourrure lui protégeant le cou. Elle n’est pas très grande, les cheveux gris bien permanenté. Elle jette des regards sur chacun des passagers, semblant chercher quelqu’un ou jaugeant chacun d’entre nous. Je la vois sourire en regardant les petits du fond du bus. Quand nos regards se croisent, je vois ses petits yeux bleus, entourés de rides moqueuses. Elle ne se détourne pas, je me sens happé par ce regard, presqu’intimidé je repars sur mon quadragénaire mélancolique.
Le bus s’approche du square Jaures. La circulation est difficile, les travaux pour la nouvelle mosquée coupant une bonne partie de la voie.
“Vous croyez en Dieu ?”. La petite veille est devant moi.
“Euh .. non .. pas vraiment” surpris par cette question et cet accostage.
Le bus se fraye un chemin, passe devant la mosquée et se dirige rue Onfray pour s’arrêter devant l’école laïque Voltaire.
“Plus personne ne croit en Dieu, c’est le début de l'apocalypse” Je regarde interloqué cette vieille dame me débiter ses versets, tout en ouvrant son manteau.
Une ceinture de batons de dynamite lui entoure le ventre, des fils bleus et rouge. Je l’entend crier “Jésus notre sauveur”, je la vois appuyer sur un bouton ...


“Nouvel attentat revendiqué par l’organisation intégriste chrétienne “Jesus Notre Sauveur”. 35 morts, autant de blessés. C’est le 3ème attentat en 6 mois de ce mouvement qui se dit proche de l’Opus Dei”
 

20/04/2008

Now future

A la gendarmerie

- Alors ?  

- Et bien la mère de mes enfants est une punk monsieur l'agent.

- Ah ?  c'est ennuyeux

- Oui. Effectivement. A vrai dire, je ne m'en suis pas aperçu tout de suite, les symptômes étaient légers, vous voyez, à peine une nonchalance.

- Evidemment

- Et puis après, de pire en pire. Par exemple, elle a cessé d'appeler sa mère le soir. Ou elle ne mouche plus les enfants qui ont le nez qui coule. Je suis ennuyé. Je pensais qu'il s'agissait d'une dépression, mais non ma femme est punk. Regardez cette photo, on voit la courbe de ses seins.

- Elle n'est pas prude

- Je ne vous fais pas le dire, et encore je ne vous ai pas montré les plus croustillantes.

- Malheureusement nous ne pouvons rien faire, même si nous le regrettons, il n'y a encore aucune loi contre les punks !

- Mais si ça empire ?

- Consultez. Il existe de très bonne thérapie, mon oncle a guerri sa fille rapidement alors qu'elle était punk avancée. Pour vous dire, elle écoutait Henri Salvador en boucle.

- Mais ça fait 20 ans qu'il a disparu !!

- C'est pour vous dire ...

- Comment est-elle maintenant ?

- Plutôt baba cool, pull qui tombe sur les genoux, écharpe au tour du cou, elle donne de la salade à ses enfants.

- Ca fait envie, moi la mienne ne cuisine que de la viande argentine !

- Ca doit être son côté punk. Consultez avant qu'il ne soit trop tard !

19/03/2008

Bruit

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique “

Papa, t’as vu mon dessin, il est beau hein ?

Il releva la tête.
- Oui il est beau ma chérie
- C’est une fleur avec un oiseau
-- Oui oui ...

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi“

Il reçut le ballon sur le côté de la tête, assez mollement mais la surprise était totale.
- Oh pardon Papa, je ne l’ai pas fait exprès
- Tu ne peux pas faire attention Elliot ? dit-il sur un ton où perçait un début d’énervement.
- Excuse moi papa
- hum hum

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, “

- Oh regarde papa, j’ai fait un soleil en plus ... papa regarde ... .papa regarde mon soleil
Un boule s’était formée au fond de la gorge, il regarda sa fille puis le dessin de sa fille.
- Oui il est beau, mais laisse moi un peu ma puce

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, “

Quand le chat avide de câlin lui sauta sur les genoux, puis de virulent coups de têtes sur la main réclama quelques chatouilles, il l’envoya valser d’une seule main a un mètre du fauteuil où il avait pris place quelques minutes plutôt. Il tenta même de conclure d’un coup de savate mais Moustique le chat n’avait pas demandé son reste.
Il souffla.

“ la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la “

- Chériiii ? ...  Chériiiiiii ? T’as pas vu mon velours rouge ?

Il déposa méthodiquement son marque-page entre la page 32 et la page 33. Déposa le livre sur l’accoudoir. Il se leva et rejoignit sa femme. Il se planta devant elle et cria

- Putain mais vous ne pouvez pas me laisser tranquille 10 mn ? C’est trop demandé ? Je ne mérite pas de poser mon cul sur un fauteuil et me plonger dans un bouquin ? Je n’ai pas le droit à ça ? Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? J’aimerai qu’on respecte mon repos dans cette maison ! J’aimerai qu’on respecte ma bulle ! C’est sacré la bulle !
- Mais ...

Il n’écouta pas sa femme, reprit sa place sur le voltaire et le bas de la page 32.

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la désacralisation.“


Texte extrait de l’essai “Bruits” de Jacques Attali

06/10/2007

Derniers fantômes (2)

Je suis un voyou, une brute épaisse, bien grasse comme un kebab sauce blanche de chez Moktar. J’ai fait mes premiers coups, là-bas, dans l’Alma. Alma, Roubaix. Un de ces quartiers, où il vaut sans doute mieux passer son chemin, si on n’a rien à y faire. Enfin, c’est ce qu’on disait aux flics, quand on zonait au coin d’une rue et qu’ils montraient leur tronche.
C’est là-bas que j’ai appris mon métier de voyou.

A l’époque je traînais avec des mecs pas bien nets, quelques vendeurs de beuh, quelques dealers de calibres, mais aussi quelques fêlés de la religion. J’ai jamais bien cru en dieu, moi, quel que soit son nom. Mais bon, avec tous ces mecs, y’avait aussi du blé à se faire. Y’avait aussi des caïds qui nous faisaient réver. Comme ce Omar Zemiri qui n’avait pas vu ses potes se faire plomber par le RAID rue Carette en 96. J’avais 18 bâtons et je tirais quelques voitures ou me tapais quelques baraques sur Barbieux, le « 16ème » de Roubaix.

Ce matin de mars 96, j’y suis passé moi rue Carette, je revenais de boite avec ma BM volée, j’ai vu tout ce bordel, les supers-flics partout, ça m’a fait bander. Je me voyais m'en faire à la Kalachnikov.

Alors après, j’ai enchaîné. Je suis passé de la BM, pour aller en boîte, à la voiture en série pour le marché russe, à la came.J’ai même fait travaillé quelques filles.
On m’appelait Ultime parce que si on me faisait chier, c’était l’ultime fois. Putain, je m’éclatais bien, j’étais respecté, j’étais riche, j’étais dieu.
J’étais recherché aussi pour quelques braquages. Quelques Crédit Agricole.

Et puis ma meuf est tombée enceinte. Putain, j’ai pris une claque. Un mioche, un vrai. Un petit mec qui s’endort dans tes bras, qui pleure quand t’es pas là, qui te vénère. J'étais plus Ultime mais Gaga.
Je me suis tenu à carreaux pendant 4 ans et puis on a manqué de thune, alors je me suis refait une caisse d’épargne. La dernière fois, pour partir loin.
Ca a mal tourné, le guichetier a déconné, il s’est pris une prune. Les gendarmes ont rappliqué, j’ai réussi à me tirer, mais pas mes potes. Je pense qu’ils m’ont balancé.

Je vous raconte tout ça, je suis venu chercher mon gamin à l’école, il est content de me voir.
Les flics sont là, ils sortent de je ne sais où, me gueulent un truc que je ne comprend pas, je sors les mains de mon blouson pour les lever comme il se doit dans ces moments là. J’entends un truc du genre « lâche ça ! ». Mais j’ai rien. ils ne donnent pas les sommations, ils ne me laissent pas lever les bras. Un truc me fait horriblement mal dans le ventre, puis un deuxième dans le poumon. Des prunes, un arbre entier.

Des pleurs, des cris, une phrase « t’as morflé mon crouille ».
Je suis entrain de crever devant mon gamin.




28/07/2007

Dieu seul

C'est une petite vieille pas bien gaillarde ces derniers temps. Elle aimerait poser là sa dernière ride comme une offrande à l'hypocrisie de la vie mais rien n'y fait, chaque matin elle met le pied droit sur la peau de mouton, dont il ne reste que le cuir, qui traîne au pied de son lit.

Elle aimerait tant rejoindre son Emile là-haut. Mais Dieu ne veut pas d'elle ! Pourtant elle quémande chaque jour au confessionnal par l'intermédiaire de l'abbé. Ne passerait-il pas le message ? Faillirait-il à sa tâche. Il est vrai qu'il tente toujours de la forcer à aimer la vie, mais il y a longtemps qu'elle n'aime plus ça Paulette. 84a6ca9a20ce93c9c36fae66728f5359.jpg

Et chaque jour à l'entrée de l'église, elle voit ce vitrail qui lui assène cette vérité. Dieu Seul ... Dieu seul décide, Dieu seul est roi dans ses terres.  

Elle se demande bien pourquoi Il s'acharne. Elle souffre de milles maux, des cheveux aux orteils, elle s'ennuie, n'apprécie plus les feuilles de saules qui lui servent de parasol l'été, ne prend plus goût au petit porto avant de passer à table. D’ailleurs elle n’aime plus manger.

Mais Dieu seul … alors elle patiente.

Un matin, Paulette ne posa pas le pied sur le cuir de mouton. On lui fit un enterrement digne de la doyenne du village, l’abbé expliqua que Dieu avait rappelé Paulette à lui, que Dieu est maître en son royaume et qu’il fallait prier pour le repos éternel de Paulette. Comme si tout ça était bien triste.

L’histoire ne dit pas si le paradis de Paulette existe, ni même si elle avait retrouvé son Emile, l’histoire nous apprend que Dieu seul … Alors à quoi bon, hein ?





20/06/2007

Post-it

Je devais faire quelque chose, je ne sais plus. Il y a tellement de choses à faire.
Je reste assise, j'ai peur d'avoir oubliée, je sais que j'ai oublié.
Toujours la même chose, il faut toujours penser à quelque chose.
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Moi je trouve ça dur et lui ne comprend pas.
Il me dit que je suis une cruche, que si j'ai peur d'oublier, je n'ai qu'à noter tout ça sur des post-it.
Un jour, il revient avec un tas de post-it qu'il a pris à son bureau.
Des rouges, des roses, des bleus mais pas de jaune.
Je trouve ça con puisque d'habitude, les post-it c'est jaune. Je ne dis rien, il va encore penser que je me fous de lui.

"Voilà, tu peux tout écrire maintenant et les coller dans les endroits où tu passes le plus souvent."

Acheter du pain. Paf, sur le frigo. Appeler le dentiste pour décaler le rendez-vous. Sur le téléphone. Penser à verrouiller la porte et emporter l'autoradio. Collé sur le tableau de bord.

Je rentre de chez le dentiste, et je vois le post-it sur le frigo.

Je n'ai pas acheté de pain.

14/06/2007

Insouciance

"et ben tu sais papa, je me souviens de tout, il suffit que je regarde dans ma tête".
"Ah oui ?"

Ca a quelque chose d'attendrissant. Il est devant moi et je me dis que ça doit être sympa d'être un petit garçon, retomber en enfance pour regarder dans sa tête et n'y voir que des choses jolies.
Ca me donne presqu'envie de chialer. Il ne s'aperçoit de rien, pour lui tout ça est naturel .. Il me dit se souvenir l'avoir emmener à mon travail, qu'il y avait un docteur très gentil. Puis aussitôt il change de sujet. Un vrai gosse.
"Tu vois là, je suis tombé, c'est Henri qui m'a poussé parce que je voulais prendre sa bille". Il me montre un bobo imaginaire sur la main, sa main perlée de tâche, sa main qui tremble.
"Oui mais on a sans doute mis de la crème". Il opine.
Peut être que je ne devrais pas rentrer dans son jeu. Ils ne m'ont rien dit là-dessus. Ils disent qu'il faut faire avec. Il n'a que moi.
Je crois qu'en fait, maintenant il est heureux. Il est redevenu insouciant. Au début, c'était plus dur, il se rendait compte mais maintenant...
Je regarde ma montre, il faut que je parte.
"Allez papy, je vais te laisser, je téléphonerai demain pour savoir comment tu vas". Il opine.
Demain, peut-être serai-je son fils ou son frère, on se ressemble tellement.

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