12/04/2009

Clepsydre

Goutte à goutte.

C'est le venin d'une nuit d'hiver, les étoiles qui n'en sont plus et l'ombre des pins que rejette la lune sur un sol encore endormi par le gel soporifique. 

L'eau qui suit les veinures du verre poli, eau bleu pétrole de la clepsydre frigide, calme les brûlures d'un été insouciant.    

Mais il sait qu'il va partir avant le printemps. Le chapeau enfoncé, la main qui tremble, et ce sang poisseux qui le malaxe.

Ode à la vie disait-il, observait le réservoir de la clepsydre encore optimiste, militaire fantaisiste acceptant le combat.

Le chapeau a profité du vent, ne cachant plus rien que des idolés écorchés.

Goutte à goutte, le dernier coquelicot s'éclipse. 

 


podcast

26/01/2009

Hypocondriaque

J'ai comme une boule au fond de moi, un truc qui ne passe pas. J'ai l'impression d'avoir la terre entière dans l'oesophage, Poutine enfourchant un gazoduc au fond des tripes, la bande de Gaza dans les poumons,  la retraite à 70 ans dans l'humérus. Peut être que je me fais trop de bile, que je somatise pour autrui.

Le docteur me dit qu'il faut prendre du repos, que je manque peut être de fer, mais quand je me repose, d'autre bosse pour moi, travaille plus pour que je dorme plus, ça n'est pas convenable docteur. Donnez moi des vitamines, des billes d'homéopathie, un anti-anxiolitique, une infirmière à domicile.

Ma femme me dit je suis hypocondriaque, que j'ai la maladie des autres, que j'ai tous les cancers du monde, que ça n'est pas sérieux de faire un accident cardio-vasculaire tous les jours. Est-ce de ma faute, si elle est toujours en bonne santé ? On a quand même le droit de souffrir quand ça nous dit ?

Mon psy me dit  que je veux retrouver le liquide amniotique, que j'aimerai revenir dans le ventre de ma mère, que je n'ai jamais fait le deuil ombilical, que j'ai peur de la vie parce que j'ai peur de la mort, qu'en fait je me fous pas mal des autres mais que je prend leur état maladif comme l'image de ma propre mort. Moi je me dis qu'il ferait mieux de voir un psy mon psy.

Ma mère me dit qu'elle est triste pour moi, que je peux venir chez elle, elle me fera une soupe au pistou et un lapin à la bière, qu'elle a sorti l'édredon rouge celui que j'aime tant et qu'elle l'a mis sur mon lit, dans ma chambre d'enfant, que mon père ne sera pas là, parce qu'il y a longtemps qu'il n'est plus là mais que je sais tout ça et que promis elle n'en parlera pas.

Mon député me dit qu'il ne peut rien pour moi. Il est de droite et je ne l'aime pas.

J'ai comme une boule, un truc qui reste là, je vais m'asseoir sur la lunette et attendre que ça passe.

 

16/11/2008

Le garçon et la pauvreté

Le garçon sourit, indifférent aux tumultes du monde,
Quelques guerres par ci, quelques bombes par là,
Quelques milliards de billets transparents
Le garçon joue, en super héros, en pourfendeur de monstres.

Il voit dans le cadre animé,
Quelques régents parlant d'omnipotence
Et d'autres, de pauvreté, de chevaliers déchus
De soldats en pyjama de carton

Le garçon et son épée de caoutchouc
Jouent, en super héros, en pourfendeurs de riches.

Et transpirant, exténué, il sourit vainqueur
Et regarde sa mère pleurer, pauvre et seule. 

 

 

13/09/2008

Toi aussi

Babilles et barbelés, malgré tout
Quelques pointillés,  
Cliquetis de barillet
C'est surprenant, je me sens si bien
Tu es là,
Toi aussi,
Mon amour

Passé ton mur de Berlin
Ta ligne Maginot
Et tout ton sacro sein
C'est indécent, je me tend si loin,
Tuer là,
Toi aussi,
Mon amour

Aargh ... et tu t'appliques
J'ai bu de ta liqueur
Addictive empoisonnée
C'est allèchant, un jus de grain
Cruelle là
Toi aussi
Mon amour

Et pour finir, il expulse
Et ton rire déterminé
Et terminé anchylosé
Impénétrant, comme un gamin
Tu seras là
Moi aussi
Ton amour

13/07/2008

Anaphore

Coulis d’épigones, chagrin d’appareil, mais où sont les saltimbanques
Coulis dépoli, obséquieux impolis, mais où vont  les cancres
Coulis d’accalmie, l'opprobre dégluti, où es-tu l’impertinence
Coulis d’ostracisme, de rebuts intrépides, qui es-tu indépendance

«Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit» - N.S. 5/7/2008

20/06/2008

Fable du monde

« On est pas tout seul ! ». Ne crie pas. « On est pas tout seul ! On est pas tout seul !  ».  Et bien oui mon petit oiseau, ne crie pas, tu le vois bien que tu n’es pas tout seul. Qui es-tu ? « Je fais parti du monde » Et moi aussi, et nous tous aussi, mais qui es-tu ?  « Je suis le cosmos, la terre et l’eau, je suis le vent, je suis poussière et peau, je suis le sang, l’abysse et l’obédience ». Par quel miracle sais-tu être tout ça ? « J’ai parcouru les vents, j’ai vu tant de vers rampés chacun vers son plaisir, que je ne savais lequel manger. Plutôt le long ? Ou plutôt le gros ? Plutôt le plus rapide ? Ou plutôt le plus fébrile ? Je n’en ai mangé aucun et j’ai continué mon vol ». Que s’est-il passé ? « Le vautour est passé derrière moi mais ne s’est pas interrogé, il les a tous avalés ! A peine rassasié, il s’attaquait aux rats. Et j’entendais les rats s’exclamer d’une seule tête On est pas tout seul On est pas tout seul et de milliers de dents faire ployer le vautour. » Et toi ? « Moi, j’ai distribué mes plumes à qui voulait du chaud, on est pas tout seul, on est le cosmos, la terre et l’eau. »

 

07/05/2008

Cataplasme

Nous n'avions pas prévu cela,

Une illusion, un clair obscur ou la rumeur d'un crime

Non, nous n'étions pas prévus pour ça

Nous gambadons, nous chatoyons, nous califourchons,

Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Quel est le phénomène, la génèse de toute cette merde ?

Parce qu'il faut se l'avouer, nous n'étions pas conçus comme ça 

Le père nous appris l'humour et la mère l'amour

Nous nous souvenons, ils ne nous ont pas expliqués ça 

Nous grelottons là sous nos cartons 

Et jusque quand il faudra pleurer toute cette merde ?   

 

 

15/09/2007

EN VIE

Deux hommes marchent, effectuant un cercle dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
L’un s’appelle Marcel et son âge avancé lui demande un effort considérable pour suivre Léo, de 50 ans son cadet.

LEO – Nous sommes là et nous marchons
MARCEL, essoufflé – Oui, nous marchons et nous tournons aussi
LEO – Oui, nous tournons et si nous ne nous dépêchons pas, nous n’y arriverons jamais

Ils restent muet quelques tours, Léo augmente le pas

MARCEL – Tu marches vite et tu tournes court, essayes-tu de me perdre ?
LEO – Nous sommes pressés, tu le sais alors avances !
MARCEL – Moi seul connais la route, ne prends donc pas tes grands airs et ralentis !

Léo ralentit sur un tour, mais reprend aussitôt la cadence, Marcel commence à boiter et ralentit

MARCEL – Et bien vas-t-en ! C’est moi qui t’ai montré la route et c’est comme ça que tu me remercies ?
LEO, revenant sur ses pas – J’en ai marre de te traîner comme un boulet ! Ça fait trop longtemps que tu me suis, je n’ai plus besoin de toi ! Qu’est-ce que tu m’as appris ? À marcher ? À tourner ? Je trouverai la route tout seul, j’ai l’esprit affûté, le sens de l’orientation très développé. Je ne suis pas un vieillard, moi !

Léo reprend son chemin et Marcel s’assoit le regardant partir.
À la fin de son tour, Léo arrive à la hauteur de Marcel
.

MARCEL
– Tu vois bien que tu ne pourras pas faire sans moi.
LEO – Détrompes toi ! Un jour, je repasserais, tu ne seras plus assis mais allongés !
MARCEL – Peut-être qu’alors, claudiquant, tu suivras un gamin…


« J'avais un an de plus. Même alors, la prééminence de ma force physique était plutôt un motif de soutenir, à travers le rude sentier de la vie, celui qui s'était donné à moi, que de maltraiter un être visiblement plus faible »

LAUTREAMONT, Les chants de Maldoror 

01/09/2007

Royaucratie

Tous occupés à épousseter, à graisser le sens pileux
Ne vivant plus que pliés, inclinés, que même l’âme s’en émeut
« Avez-vous entendu ses paroles mélodieuses ?
L’avez-vous vu, fustigeant vils et calomnieuse ? »
Ne vivant plus que pliés, yeux fermés, que même la langue s’emmerde
Et lui,
Annexant de nouveaux symboles jusqu’à ce que désobéissance se perde
« Il se peut que l’on ne m’aime pas
Je comprends ; c’est courageux de se cacher dans les bois »
Ne vivant plus qu’entouré de saltimbanques,
De fous
Revenus d’au-delà des montagnes
Tous occupés à compter, sortant de leur planque
Que voulez-vous
Ne perd pas celui qui gagne
« Avez-vous peur ? »
Quelque part ici, dans une royaucratie,
Tous occupés à épousseter, pliés, inclinés.

07/08/2007

OGM

Poème proposé chez Ambroise ...

 

Ça n’est pas ta sève sans goût, arbre sans histoire, que je redoute mais la pauvreté du sourire de tes nœuds.

Je voyage de branches en branches, ne regardant vers le sol que pour mieux évaluer ma crainte 

Tu es mon laboratoire, mon éprouvette, mon calibre, je me mesure à toi, arbre sans âge

J’épouse tes mouvements venteux sans réelle stratégie chorégraphique,aurais-tu oublié la jeunesse de tes pousses  ?

Nous sommes bien sur ta cime, arbre sans odeur, effleurés de lumière et peuplés de regard

Je ne suis qu’une superposition d’atomes,
comme toi

Serions-nous suspect de ressemblance factice ?
 

 

 

 

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