20/06/2008

Fable du monde

« On est pas tout seul ! ». Ne crie pas. « On est pas tout seul ! On est pas tout seul !  ».  Et bien oui mon petit oiseau, ne crie pas, tu le vois bien que tu n’es pas tout seul. Qui es-tu ? « Je fais parti du monde » Et moi aussi, et nous tous aussi, mais qui es-tu ?  « Je suis le cosmos, la terre et l’eau, je suis le vent, je suis poussière et peau, je suis le sang, l’abysse et l’obédience ». Par quel miracle sais-tu être tout ça ? « J’ai parcouru les vents, j’ai vu tant de vers rampés chacun vers son plaisir, que je ne savais lequel manger. Plutôt le long ? Ou plutôt le gros ? Plutôt le plus rapide ? Ou plutôt le plus fébrile ? Je n’en ai mangé aucun et j’ai continué mon vol ». Que s’est-il passé ? « Le vautour est passé derrière moi mais ne s’est pas interrogé, il les a tous avalés ! A peine rassasié, il s’attaquait aux rats. Et j’entendais les rats s’exclamer d’une seule tête On est pas tout seul On est pas tout seul et de milliers de dents faire ployer le vautour. » Et toi ? « Moi, j’ai distribué mes plumes à qui voulait du chaud, on est pas tout seul, on est le cosmos, la terre et l’eau. »

 

07/05/2008

Cataplasme

Nous n'avions pas prévu cela,

Une illusion, un clair obscur ou la rumeur d'un crime

Non, nous n'étions pas prévus pour ça

Nous gambadons, nous chatoyons, nous califourchons,

Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Quel est le phénomène, la génèse de toute cette merde ?

Parce qu'il faut se l'avouer, nous n'étions pas conçus comme ça 

Le père nous appris l'humour et la mère l'amour

Nous nous souvenons, ils ne nous ont pas expliqués ça 

Nous grelottons là sous nos cartons 

Et jusque quand il faudra pleurer toute cette merde ?   

 

 

15/09/2007

EN VIE

Deux hommes marchent, effectuant un cercle dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
L’un s’appelle Marcel et son âge avancé lui demande un effort considérable pour suivre Léo, de 50 ans son cadet.

LEO – Nous sommes là et nous marchons
MARCEL, essoufflé – Oui, nous marchons et nous tournons aussi
LEO – Oui, nous tournons et si nous ne nous dépêchons pas, nous n’y arriverons jamais

Ils restent muet quelques tours, Léo augmente le pas

MARCEL – Tu marches vite et tu tournes court, essayes-tu de me perdre ?
LEO – Nous sommes pressés, tu le sais alors avances !
MARCEL – Moi seul connais la route, ne prends donc pas tes grands airs et ralentis !

Léo ralentit sur un tour, mais reprend aussitôt la cadence, Marcel commence à boiter et ralentit

MARCEL – Et bien vas-t-en ! C’est moi qui t’ai montré la route et c’est comme ça que tu me remercies ?
LEO, revenant sur ses pas – J’en ai marre de te traîner comme un boulet ! Ça fait trop longtemps que tu me suis, je n’ai plus besoin de toi ! Qu’est-ce que tu m’as appris ? À marcher ? À tourner ? Je trouverai la route tout seul, j’ai l’esprit affûté, le sens de l’orientation très développé. Je ne suis pas un vieillard, moi !

Léo reprend son chemin et Marcel s’assoit le regardant partir.
À la fin de son tour, Léo arrive à la hauteur de Marcel
.

MARCEL
– Tu vois bien que tu ne pourras pas faire sans moi.
LEO – Détrompes toi ! Un jour, je repasserais, tu ne seras plus assis mais allongés !
MARCEL – Peut-être qu’alors, claudiquant, tu suivras un gamin…


« J'avais un an de plus. Même alors, la prééminence de ma force physique était plutôt un motif de soutenir, à travers le rude sentier de la vie, celui qui s'était donné à moi, que de maltraiter un être visiblement plus faible »

LAUTREAMONT, Les chants de Maldoror 

01/09/2007

Royaucratie

Tous occupés à épousseter, à graisser le sens pileux
Ne vivant plus que pliés, inclinés, que même l’âme s’en émeut
« Avez-vous entendu ses paroles mélodieuses ?
L’avez-vous vu, fustigeant vils et calomnieuse ? »
Ne vivant plus que pliés, yeux fermés, que même la langue s’emmerde
Et lui,
Annexant de nouveaux symboles jusqu’à ce que désobéissance se perde
« Il se peut que l’on ne m’aime pas
Je comprends ; c’est courageux de se cacher dans les bois »
Ne vivant plus qu’entouré de saltimbanques,
De fous
Revenus d’au-delà des montagnes
Tous occupés à compter, sortant de leur planque
Que voulez-vous
Ne perd pas celui qui gagne
« Avez-vous peur ? »
Quelque part ici, dans une royaucratie,
Tous occupés à épousseter, pliés, inclinés.

07/08/2007

OGM

Poème proposé chez Ambroise ...

 

Ça n’est pas ta sève sans goût, arbre sans histoire, que je redoute mais la pauvreté du sourire de tes nœuds.

Je voyage de branches en branches, ne regardant vers le sol que pour mieux évaluer ma crainte 

Tu es mon laboratoire, mon éprouvette, mon calibre, je me mesure à toi, arbre sans âge

J’épouse tes mouvements venteux sans réelle stratégie chorégraphique,aurais-tu oublié la jeunesse de tes pousses  ?

Nous sommes bien sur ta cime, arbre sans odeur, effleurés de lumière et peuplés de regard

Je ne suis qu’une superposition d’atomes,
comme toi

Serions-nous suspect de ressemblance factice ?
 

 

 

 

09/05/2007

My light

J'ai laissé passer quelques étincelles,

Quelques onces de lumières.

Je n’étais pas prêt

J’étais englobé

Hypnotisé 

Électrifié

Au néon tamisé

Elle s’est chatoyée

Tungstène, vide et poussières 

J’ai ébloui ce qui me restait d’elle.

 

 

22/04/2007

Intime

Nous avons dansé, plus qu’il ne fallait,
Sur nos ombres et nos plaies
Tout est si décimé,
incisé
C’est dans l’intime …
C’est dans l‘intime …
Je m’suis réfugié

Nous avons pansé, tout c’qui dépassait,
C’ n’est pas nous qu’on effraye
Ô supplice intriguant
Ô calice distrayant
C’est dans l’intime …
C’est dans l’intime …
J’ai perdu pied

Nous avons chassé, écouté les attraits
Plasma chatoyant et fenêtres aimantées
Mais tout a disparu
Tout au fond du jus
C’est dans l’intime …
C’est dans l’intime …
Parfois je renais


Ô supplice intriguant
Ô calice distrayant
Ô matrice impliquante
Ô milice inquiétante
C’est dans l’intime …
C’est dans l’intime …
Qu’on nous a fait.

11/04/2007

Parfaite

Un sourire en plastique, un nez en céramique,
Des pommettes en croco, des yeux de Murano,
Un menton en carton, des lèvres en laiton,
Des oreilles en baccarat, des cheveux en soie,
Retenus par un diadème, une mèche d'astrakan,
Les seins cachés par un caraco d'argent,
Jusqu'aux fesses de rubis, des jambes infinies, 
Légères, galbées et symétriques.

Je hais,
La chirurgie esthétique



22/03/2007

Ô mots à maux

Alors c'est toi ?

là ...

Qui m'apostrophe ?

Je t'ai entendu, tu sais ...

Et tu crois quoi putain ?

Tu vas rester là,
aggloméré, on dit encore sardinisé
ou aimanté, on dit encore moutonisé

J'ai autre chose à faire aujourd'hui ! J'ai à vivre et ça me prend tout mon temps.

Pleurer seul ou accompagné
Il faut bien s'entraider
Il faut bien s'immiscer
Dans le malheur d'autrui

Et bien quoi ? Il est temps de jouïr, tu ne crois pas ?

Et pourquoi faire ?
C'est juste un exercice de style
Pour intellos galvanisés
Textuellement mou électrifié

Je te l'ai dit, j'ai autre chose à faire,

Alors ton appendice, ton ovale carré, tu permettras
Que je la donne à d'autres, plus à même
De vivre la chose des autres.

Autre chose à faire. J'ai un trop plein de plaisir à consommer doucement.

"La mer est immense
Et glacée parfois
Autant s'aligner
Se souvenir de rien
Autant planter l'aiguille
Quand les bottes font du foin
O luxuriance
O Broadway, O Byzance
O miroirs électifs...
Lupanar à Sisyphe

Noir Désir Son style 2"





 



 

26/02/2007

Poème

Je me suis installé bien confortablement pour écrire un poème.
Les genoux sous le clavier, le clavier sous les mains, les mains sous les yeux, les yeux ailleurs.
J’ai d’abord hésité entre prose et vers ; la prose est plus riche, mais les vers sont plus chantants ; la prose est moins pompeuse, mais les vers sont moins capricieux.
J’ai ensuite réfléchi à la thématique. Allais-je parler d’amour, de cette femme que j’aime ou de cette autre qui me déteste ? Ou plutôt de politique, de cette femme que je ne déteste pas ou de cet autre que je n’aime pas ? Ou plutôt de plaisir, de cette respiration qui m’insuffle un certain goût de vivre ?
Je m’interrogeais après sur la symbolique. Il est de bon ton en poésie de ne pas nommer les choses, ou d’en contourner le sens. Quelle image allais-je alors donner à cet indescriptible fouilli qui surgissait de ma thématique ?
Je déplorai enfin mon manque flagrant d’inspiration.
Alors j’ai laissé la feuille blanche.





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