20/06/2008
Fable du monde
22:32 Publié dans Prose et autes verbes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fable, texte court, littérature
01/05/2008
Absoudre
J’entre dans le bus, pas tout à fait bondé mais aucune place assise ne me permet de soulager mes pauvres jambes, déglinguées par de longs trépignements dans les rues commerçantes de la ville. J’aspire à retrouver mon chez moi, mon canapé, ma télé, ma table basse où je laisserai traîner mes pieds engourdis.
Je pense à ces instants savoureux et le bus s’engage dans la circulation. Bientôt il tournera à droite dans la rue Anatole France puis place de la République. Je regarde au tour de moi, mes compagnons de voyage. 2 familles maghrébines discutent au fond du bus, les enfants sautant d’un siège à l’autre. Une jeune fille perdue dans un magazine d’adolescent, les écouteurs de son MP3 vissés dans ses oreilles, elle bat le rythme avec son pied droit, un morceau vraisemblablement rapide, un mix de tecktonick peut être. Juste devant elle, un quadragénaire, pardessus anthracite, cravate colorée sur costume sombre, il regarde défiler les bâtiments, les rues, les pietons. Je le vois suivre du regard, une jeune fille promenant son sharpei dans la rue A. France. Il rentre sans doute chez lui, il doit sûrement trouver sa vie sordide et sans intérêt, un femme jolie mais pas superbe, il ne la trouve plus sexy, il pense à cette nouvelle assistante au bureau, il la voit bien promenant son sharpei, il se voit bien tenir la laisse de la main gauche et sa main douce de la droite.
Place de la république, le bus s’arrête à l’arrêt devant la mairie. Quelques personnes descendent, mais toujours pas de place assise. Une vieille dame monte, une mère de famille lui propose sa place mais la vieille dame refuse d’un sourire et d’un geste de la main.
Elle est emmitouflée dans un gros manteau doublé, la fourrure lui protégeant le cou. Elle n’est pas très grande, les cheveux gris bien permanenté. Elle jette des regards sur chacun des passagers, semblant chercher quelqu’un ou jaugeant chacun d’entre nous. Je la vois sourire en regardant les petits du fond du bus. Quand nos regards se croisent, je vois ses petits yeux bleus, entourés de rides moqueuses. Elle ne se détourne pas, je me sens happé par ce regard, presqu’intimidé je repars sur mon quadragénaire mélancolique.
Le bus s’approche du square Jaures. La circulation est difficile, les travaux pour la nouvelle mosquée coupant une bonne partie de la voie.
“Vous croyez en Dieu ?”. La petite veille est devant moi.
“Euh .. non .. pas vraiment” surpris par cette question et cet accostage.
Le bus se fraye un chemin, passe devant la mosquée et se dirige rue Onfray pour s’arrêter devant l’école laïque Voltaire.
“Plus personne ne croit en Dieu, c’est le début de l'apocalypse” Je regarde interloqué cette vieille dame me débiter ses versets, tout en ouvrant son manteau.
Une ceinture de batons de dynamite lui entoure le ventre, des fils bleus et rouge. Je l’entend crier “Jésus notre sauveur”, je la vois appuyer sur un bouton ...
“Nouvel attentat revendiqué par l’organisation intégriste chrétienne “Jesus Notre Sauveur”. 35 morts, autant de blessés. C’est le 3ème attentat en 6 mois de ce mouvement qui se dit proche de l’Opus Dei”
16:31 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : texte court, littérature, athéisme, religion;
19/03/2008
Bruit
“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique “
Papa, t’as vu mon dessin, il est beau hein ?
Il releva la tête.
- Oui il est beau ma chérie
- C’est une fleur avec un oiseau
-- Oui oui ...
“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi“
Il reçut le ballon sur le côté de la tête, assez mollement mais la surprise était totale.
- Oh pardon Papa, je ne l’ai pas fait exprès
- Tu ne peux pas faire attention Elliot ? dit-il sur un ton où perçait un début d’énervement.
- Excuse moi papa
- hum hum
“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, “
- Oh regarde papa, j’ai fait un soleil en plus ... papa regarde ... .papa regarde mon soleil
Un boule s’était formée au fond de la gorge, il regarda sa fille puis le dessin de sa fille.
- Oui il est beau, mais laisse moi un peu ma puce
“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, “
Quand le chat avide de câlin lui sauta sur les genoux, puis de virulent coups de têtes sur la main réclama quelques chatouilles, il l’envoya valser d’une seule main a un mètre du fauteuil où il avait pris place quelques minutes plutôt. Il tenta même de conclure d’un coup de savate mais Moustique le chat n’avait pas demandé son reste.
Il souffla.
“ la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la “
- Chériiii ? ... Chériiiiiii ? T’as pas vu mon velours rouge ?
Il déposa méthodiquement son marque-page entre la page 32 et la page 33. Déposa le livre sur l’accoudoir. Il se leva et rejoignit sa femme. Il se planta devant elle et cria
- Putain mais vous ne pouvez pas me laisser tranquille 10 mn ? C’est trop demandé ? Je ne mérite pas de poser mon cul sur un fauteuil et me plonger dans un bouquin ? Je n’ai pas le droit à ça ? Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? J’aimerai qu’on respecte mon repos dans cette maison ! J’aimerai qu’on respecte ma bulle ! C’est sacré la bulle !
- Mais ...
Il n’écouta pas sa femme, reprit sa place sur le voltaire et le bas de la page 32.
“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la désacralisation.“
20:13 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : texte court, nouvelle, littérature
04/12/2007
L’oeuf de la poule
- Vision 1 -
C’était un vendredi, il s’en souvenait bien maintenant. Il fumait une clope devant l’entrée de l’immeuble où il bossait. Il fallait vraiment être addict pour continuer la cigarette dans ce putain d’hiver. Il dansait sur place pour avoir l’impression de se réchauffer ou en tout cas pour penser à autre chose qu’au froid. Il se voyait bien refaire ce petit pas danse comme un Johnny Clegg qui sortirait d’une lombalgie. Sa clope n’en finissait plus, mais pour rien au monde, il ne l’aurait écraser avant d’avoir senti le goût du filtre. A 5,30€ le paquet de malbish, il fallait aimer être pauvre pour gâcher.
“Abrège, on s’en fout ton histoire de tabac !”
Et bien, pas grand chose ...
“Dis toujours !”
Il allait rentrer, son boss voulait voir toute l’équipe pour leur présenter son successeur. Une voiture est arrivée, une coupée, une coupée grise. Le conducteur cherchait une place.
“Comment tu le sais ?”
Ca se voyait, le clignotant fonctionnait depuis l’entrée de la rue. Il y en avait une devant lui, de place, alors forcément la voiture s’est garée. En est sortie une jeune femme. Une jolie jeune femme, en tailleur doublée fourrure, comme dans les séries américaines, brune, les cheveux au vent, des escarpins rouge à bout ogive, bas couleurs chairs ..
“Bas ou collant ?”
Il supposait bas ..
“Supposais, ah oui ?”
Il en avait marre de ces sous-entendus. Vu le genre de la nana, il émettait une hypothèse quant à l’adéquation du dessous au dessus ! Basta !
“Continue !”
Elle venait dans sa direction. Il admettait qu’elle avait retenu son attention, d’ailleurs il se souvenait bien d’en avoir oublié sa clope et de s’être brûlé les doigts. Elle venait dans l’immeuble. Il lui tint la porte, elle lui dit merci, il lui dit de rien ...
“Oui bon ...”
Il prit l’ascenseur avec elle. Elle le regardait fixement, il en était même mal à l’aise. Elle n’avait pas choisi d’étage, il en déduisit qu’elle allait au même que lui.
Arrivés au 10ème, quand les portes se sont ouvertes, il s’apprêtait à sortir quand elle se plaça devant lui, bloqua avec son pied droit la fermeture et de sa main gauche saisit, en douceur, son outillage reproductif. “Si tu me suis dans les toilettes pour femme, je fais de toi un chef !”
Il n’a pas trop réfléchi, lui a dit de plutôt donner une promotion à son stylo plume et a rejoint son bureau où il s'est dit qu'il avait peut être fait une connerie.
“T’es un fieffé menteur dans ton genre ! Je vais te dire ce qui s’est vraiment passé ! ...”
à suivre ....
23:16 Publié dans Nouvelle à suivre | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : texte court, nouvelle, littérature
17/11/2007
Il est des murs
L’endroit est un peu spartiate. La couleur unie et insipide y fait beaucoup. Un vert pâle tirant sur un vert anis ayant tout perdu de sa folie. J’avais appris, lors de mon service militaire, que le vert est une couleur qui fait du bien à l’âme, rassurante, un bain de quiétude. C’est pourquoi on la retrouvait sur la ferraille à l'intérieur des chars, des véhicules blindés de combat. C’est également très souvent une couleur d’hôpital.
Je ne sais pas si c’est la couleur qui agrandit mais j’imaginais cet endroit plus petit, plus étroit, plus confiné. Ce n’est certes pas une chambre de palace mais un optimisme fugace accompagne mon entrée, je me dis que j’aurai tout le temps de voir se rapprocher les murs.
A gauche, un premier lit rudimentaire, sur lequel attendait un matelas d’une épaisseur tartinesque semblant ne fournir comme unique confort que l’atténuation des ressorts du sommier, fait face à une table en Formica gris et une chaise de même confection. J’aperçois juste à ma droite, à l’entrée, une étagère de bois, dans le même gris que la table.
Tout au fond , caché par une courte paroi, je distingue l’essentiel de toilette, juste sous la fenêtre.
Je respire un grand coup comme pour emplir le plus vite possible, fataliste, mes poumons de cet air pas encore familier. Je sens une odeur de javel. Cette odeur qui cache des odeurs que l’on veut faire disparaître, faire du neuf avec du vécu.
Nous y sommes alors. Cet endroit me ressemble tellement, cette platitude architecturale, ces couleurs sans pigment, ce parfum industriel.
Je me retourne au moment où la porte se referme, la clef qui tourne dans le canon et qui condamne une fois de plus. Je n’ai pas entendu ce qu’aurait pu me dire le gardien.
J’avance de quelques pas, pose mes quelques affaires sur lit et m’approche de la fenêtre. Je compte six barreaux, 4 à 5 cm de diamètre. Six barreaux, six années.
Je ne semble pas avoir encore de co-détenu, puisque le matelas du second lit est toujours replié. C’est bien d’avoir le choix du lit. J’essaye celui de droite. Celui de gauche.
Je me mets à pleurer.
09:43 Publié dans Chronique d'un homme ... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : texte court, nouvelle, littérature
29/04/2007
Dernier fantôme
Les quatre parois sont d’hauteur égale. Les quatre recouverts d’une peinture blanchâtre, maladive. Pas de fenêtre et pas de porte non plus. Et pourquoi faire ? Les sons qui lui viennent de l’extérieur lui semblent suffisamment effrayants pour ne pas avoir envie de les affronter, ni même les contempler. Une fois elle a essayé de contempler un bruit. Il était tapi là, derrière son lit, un petit bruit, une sorte de cliquetis. Elle pensait son image mais elle ne réussit jamais à l’apercevoir. Les bruits ne se laissent pas regarder, ils sont pudiques, comme elle.
Personne ne peut la voir, mais Personne est un malin, elle était sure qu’un jour, alors qu’elle serait nue, il l’observerait et aurait des idées cochonnes. Pour se déshabiller elle se recouvrait d’un drap comme un fantôme. Elle n’a pas peur des fantômes, ils sont plutôt gentils. Un jour, l’un d’eux est venu lui parlait doucement de sa mère, il était transparent comme le bocal à poisson qu’elle avait quand elle était petite, quand son père avait jeté du détergent dans l’eau de son poisson parce qu’elle avait été méchante avec lui. Elle préférait sa mère, et le fantôme de sa mère. Il était moins transparent que l’autre, du coup, elle voyait encore le bleu autour des yeux.
Elle savait que les fantômes l’emporteraient de l’autre côté des murs, là où il y a les bruits, les armées de bruit, alors elle attendait. Elle avait un peu peur des armées. Son frère était dans une armée lui aussi, peut être avec des bruits, peut être, son frère est devenu un bruit. Peut-être que quand on meurt on devient un bruit. Son frère n’a pas vu la mine. C’est sa mère qui lui a dit. Alors il est devenu un de ces bruits dans une armée de bruits. Elle n’aime pas la mort, même si elle trouve les fantômes gentils. Mais bon, un fantôme n’est pas vraiment mort. Il attend. Comme elle.
Elle a mal maintenant, au bras et puis à la tête.
Peut-être que des fantômes qu’elle ne voyait pas essayaient de lui faire passer le mur. Elle ne les voyait pas toujours les fantômes, mais les sentait, les ressentait. Comme quand on passe dans une toile d’araignée.
Elle a peur des araignées, elle est toute petite et elle les voit au-dessus de son lit. Maintenant son lit a des barreaux. Alors elle pleure et mouille sa couche. Elle ne reconnaît pas ses pleurs.
Elle a quelque chose dans la bouche, quelque chose de doux d’où sort un liquide qui la réchauffe et la rassure.
On la pousse alors à l’intérieur, elle croyait qu’elle y était déjà.
Les murs se sont rapprochés, elle n’a plus de place, obligée de plier les jambes et de ramener ses genoux à hauteur de son menton.
C’est humide. C’est même rempli d’eau. Les bruits sont devenus sourds.
Elle n’a plus mal. Elle ferme les yeux.
Le légiste constata la mort, retira le garrot, emporta la seringue et la cuillère.
20:15 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelle, texte court
18/04/2007
Indécis
-Tu sais pour qui tu vas voter dimanche ?
-Oui. C'est important ?
-Pour moi ?
-Non pour les autres ?
-Bah oui je crois .. ça le peut ..
-Et toi ?
-J'attend
-Et t'attend quoi ?
-Dimanche
-Pourquoi ?
-Pourquoi dimanche ?
-Non pourquoi t'attend ?
-Pour être comme 42 % des francais
-De droite ?
-Indécis.
-Et cela t'avance à quoi ?
-A rien, on parle de moi.
-Dans l'isoloir il faudra bien te décider
-Alors je voterai peut être Bayrou
-Bah alors tu n'es pas indécis
-Bah si, c'est comme lui.
C'est pas libéral, c'est pas social, pas de droite pas de gauche,
on ne sait pas trop ce que c'est ..
si ça c'est pas indécis !
Moi jusqu'au bout, je veux qu'on parle de moi..
-C'est con.
-Je sais mais je veux la gloire
20:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, actualité
25/03/2007
Le livre
Je me suis glissé entre tes pages, j'ai slalomé entre chaque lettre de chacun des mots, me cachant derrière un i, me hissant à la force des bras sur la barre du T, ou me balançant, joueur, entre les piliers du H.
J'ai ressenti toute l'émotion, compris chaque phrase que je voyais en grand.
J'ai touché du doigt la symbolique de l'oeuvre. J'ai même léché quelques métaphores imprudentes et caressé moult allégories.
J'y suis resté des heures, peut être des jours ... à bien y regarder je crois que j'y suis encore.
Le livre est mon absinthe.
20:07 Publié dans Juste des mots | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature
03/02/2007
La Jungle
Keith Jarrett - The Rich (and the poor) - extrait
Il faisait froid ce matin. Il sortit la main de son gant de cuir pour attraper les clefs dans sa poche et ouvrir sa mercedes.
Encore une belle journée. Sans doute, encore une belle affaire. Il se rendait à la chambre de commerce qui se trouvait face au bassin du Paradis.
Il démarra son CD de jazz qui le mettait d'entrain pour la journée.
A proximité de la zone des dunes, il aperçut les premiers réfugiés de sa journée. Comme chaque jour, ils faisaient peine à voir, à peine vêtus; pour les uns, un simple survêtement et une écharpe qui entoure la tête comme un oeuf de Pâques, pour les autres, un jean surmonté d'un blouson de toile, récupéré sans doute lors d'une de ces distributions sauvages organisées par les collectifs d'aide aux réfugiés.
Ils rentraient bredouille, ils n'avaient pas réussi à traverser cette satanée Manche, frontière inaccessible.
Dans l'habitacle douillé de son turbo diesel, il imaginait les regards effarés mais résignés de ces afgho-pakistanais à la vue de leur baraquement construit la veille et cassés ou brûlés par les cohortes vengeresses de CRS, passées la nuit.
Il imaginait qu'ils allaient devoir à nouveau recommencer pour s'abriter et dormir le temps d'une journée.
En remontant le boulevard des Alliés, il en vit d'autres qui avaient eu moins de chance. Un groupe était assis à même le trottoir, entouré d'une ronde immobile de CRS. Ils se verront reconduit à des kilomètres, ils rateront la distribution illégale de pain du matin. Un quotidien.
Au solo de batterie de Dejohnette, il battit la mesure sur le volant et repris en sifflant la phrase de piano.
Il gara sa voiture en face de la chambre de commerce. Il salua d'un geste amical un des policiers.
Encore une belle journée.
Après la fiction : www.csur62.com
15:52 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : texte court, nouvelles, littérature, actualité
29/01/2007
L'enfant
Je me souviens du père. Cet homme imposent que rien ne semblait atteindre, pas plus mes conneries que mes mélancolies chroniques.
Je me souviens de cette joue rugueuse qu’il me fallait embrasser matin et soir pour lui signifier ma joie de le retrouver ou ma tristesse de le quitter toute une nuit. Je me souviens de cette hypocrisie …
Je me souviens du père sur lequel la tendresse semblait couler comme mes larmes sur les joues.
Je me souviens de la mère, cette femme. Une brune équivoque, hypertromaque* et post-moderne, perdue dans les méandres du pro-retillium et autres principes actifs, dermo-oxygénant.
Je me souviens de la peau fraîchement antiridée que personne ne pouvait embrasser pour ne pas démaquiller.
Je me souviens de la mère … en fait je me souviens d’une femme mais pas d’une mère.
Je me souviens d’un enfant. En a-t-il été un ? Déjà un adulte nourrisson qui n’aurait jamais grandi, cherchant en vain le chemin de l’enfance et de l’adolescence.
Un soir, nous nous sommes assis, lui et moi, sur un nuage. J’avais atteint le grade d’homme et lui espérait enlever le pouce de sa bouche.
Assis sur notre nuage, il fallait décider lequel de nous deux allait sauter. Nous nous sommes parlé longtemps, ressassant l’indifférence et l’égoïsme, la peur et le bonheur, le choix et la douleur.
Là haut sur notre nuage, nous ne nous somme pas décidés et sans doute y sommes nous encore.
* Seligologisme :
Hypertromaque (de « hyper », « trop », « maquillé ») : Femme qui fait, chaque jour, de son visage une œuvre de Kandisky
12:00 Publié dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : texte court, littérature







