26/01/2009

Hypocondriaque

J'ai comme une boule au fond de moi, un truc qui ne passe pas. J'ai l'impression d'avoir la terre entière dans l'oesophage, Poutine enfourchant un gazoduc au fond des tripes, la bande de Gaza dans les poumons,  la retraite à 70 ans dans l'humérus. Peut être que je me fais trop de bile, que je somatise pour autrui.

Le docteur me dit qu'il faut prendre du repos, que je manque peut être de fer, mais quand je me repose, d'autre bosse pour moi, travaille plus pour que je dorme plus, ça n'est pas convenable docteur. Donnez moi des vitamines, des billes d'homéopathie, un anti-anxiolitique, une infirmière à domicile.

Ma femme me dit je suis hypocondriaque, que j'ai la maladie des autres, que j'ai tous les cancers du monde, que ça n'est pas sérieux de faire un accident cardio-vasculaire tous les jours. Est-ce de ma faute, si elle est toujours en bonne santé ? On a quand même le droit de souffrir quand ça nous dit ?

Mon psy me dit  que je veux retrouver le liquide amniotique, que j'aimerai revenir dans le ventre de ma mère, que je n'ai jamais fait le deuil ombilical, que j'ai peur de la vie parce que j'ai peur de la mort, qu'en fait je me fous pas mal des autres mais que je prend leur état maladif comme l'image de ma propre mort. Moi je me dis qu'il ferait mieux de voir un psy mon psy.

Ma mère me dit qu'elle est triste pour moi, que je peux venir chez elle, elle me fera une soupe au pistou et un lapin à la bière, qu'elle a sorti l'édredon rouge celui que j'aime tant et qu'elle l'a mis sur mon lit, dans ma chambre d'enfant, que mon père ne sera pas là, parce qu'il y a longtemps qu'il n'est plus là mais que je sais tout ça et que promis elle n'en parlera pas.

Mon député me dit qu'il ne peut rien pour moi. Il est de droite et je ne l'aime pas.

J'ai comme une boule, un truc qui reste là, je vais m'asseoir sur la lunette et attendre que ça passe.

 

24/01/2009

Homo Plasticius - 1 -

« Je vais te montrer ma nouvelle acquisition! Tu vas voir, tu vas a-do-rer ... 

- Je suis curieuse de voir ça. C'est quoi cette fois, une table? Un nouveau porte-manteau? 

- Ah ... tu verras ... » 

Les deux mégères arrivaient au troisième étage. La première, l'hôte, sortait, et ce pour la troisième fois de la semaine, du salon de coiffure. Encore une fois, elle n'avait pas hésité à se rendre ridicule: cheveux rouges et verts, remontés sur le haut du crâne en lianes tressées comme les cordages servant autrefois à amarrer les bateaux au port. Une tresse rouge, une tresse verte, une tresse rouge, une tresse verte ... jusqu'à atteindre une hauteur d'au moins cinquante centimètres. Plus bas, elle arborait un collier fait d'une succession d'ellipses de couleurs différentes et de diamètre différent. Le premier partait du haut du plexus et le dernier lui chatouillait le dessus de la glotte. Chaque ellipse renvoyait une couleur changeante selon la position où l'on se trouvait. Ce travail d'orfèvres était fortement inspiré des colliers de la tribu birmane Padaungs. 

le corps de la quadragénaire était recouvert d'un plastique bleu méthylène épousant chaque forme, la couleur était étudiée pour soustraire à la vue, les excès indélicats dus à la mal-bouffe de l'époque. Mais malgré tous les efforts des ingénieurs chromatiques, on ne pouvait pas s'empêcher d'associer cette femme à une guirlande de Noël. 

La deuxième n'avait rien à envier à son amie en terme d'assemblage vestimentaire. Ses pieds se baladaient librement dans des mules trop grandes argentées, collées sur le plat du pied et attachées au mollet pour éviter de les laisser derrière soi à chaque pas. Au-dessus de ces lanières de sécurité, commençait un étrange ballet de lés de tissu multicolores tous fixés au bas d'une culotte d'aluminium. Chaque pas effectué renvoyait à des images de procession chinoise fêtant la nouvelle année. 

Pour cacher les seins, seul un soutien-gorge, composé de deux boîtes cubiques, agrémentait le torse de l'invitée. On pouvait imaginer sa souffrance, les deux cubes étaient reliés au centre par un fil d'acier et dans le dos} par un élastique qui compressait la poitrine. « N'est pas belle, celle qui ne souffre pas! ». Elle était plus jolie que son amie, une des rares femmes de la ville ne dépassant pas les soixante-dix kilos. 

Elles n'avaient plus à plaire à personne si ce n'est à elles-mêmes ... 

L'ascenseur s'arrêta au vingt-deuxième étage. Elles longèrent le couloir, doucement, juste histoire de regarder chaque appartement dont la vie s'étalait derrière ces grands murs de verre. 

On avait aboli, par mode architecturale, les murs de plâtre. Les architectes étaient partis du postulat très simple: nous aimons voir nos congénères vivre car nous aimons montrer à ceux-ci que nous vivons mieux qu'eux. Les séparations entre les pièces donnant sur les parties communes et celles-ci, étaient faites de Kevlar transparent, juste un peu fumé, pour le mystère, sauf les chambres qui n'avaient pas succombé à la pudeur sexuelle, encore très forte. Les murs des chambres se composaient d'un matériau, également transparent, mais qui prenait une couleur opaque à la demande. Il était possible, pour les plus riches, de distiller des images animées ou des vidéos par ce biais. Elles passèrent devant un appartement où elles distinguèrent deux femmes discutant autour d'une homo-tablette : 

« Elles s'émoustillent le bas-ventre ensemble, lança la guirlande 

- Ah bon? S'offusqua l'autre, comment le sais-tu? Tu les as vues? 

- Non, c'est leur ouvre-tout qui l'a dit à mon fauteuil et il me l'a répété. 

- Ah ah ... il te raconte bien des choses, insinua miss cubes. 

- Bah oui, je lui demande de me parler de temps en temps, quand il est en mode relaxation, cela me fait un bien fou ... il a une voix giga sensuelle .. tu pourras essayer si tu veux .. 

- Je ne dis pas non. N'empêche que je n'en reviens pas, elles ont pourtant l'air bien toutes les deux? 

- C'est de celles là qu'il faut se méfier! Sous leurs airs de parvenues, elles n'ont aucun sens des convenances! » 

 

à suivre ...

16/11/2008

Le garçon et la pauvreté

Le garçon sourit, indifférent aux tumultes du monde,
Quelques guerres par ci, quelques bombes par là,
Quelques milliards de billets transparents
Le garçon joue, en super héros, en pourfendeur de monstres.

Il voit dans le cadre animé,
Quelques régents parlant d'omnipotence
Et d'autres, de pauvreté, de chevaliers déchus
De soldats en pyjama de carton

Le garçon et son épée de caoutchouc
Jouent, en super héros, en pourfendeurs de riches.

Et transpirant, exténué, il sourit vainqueur
Et regarde sa mère pleurer, pauvre et seule. 

 

 

12/10/2008

La paire d’escarpins noirs

Quand il entra dans la maison, il n’entendit pas un bruit; il était certes très tôt mais il fut surpris de ne pas y voir de vie. Elle avait l’habitude de se lever aux aurores quelque soit l’heure à laquelle elle avait bien pu se coucher.
Ca lui fit du bien de fouler ce plancher, de sentir le parfum de rose qui dominait toujours dans la salle à manger. Il jeta un coup d’oeil circulaire dans la pièce, il constata avec surprise que rien n’avait changer pendant ces quelques semaines; elle passait son ennui à décorer puis à re-décorer son intérieur, achetant de nouveaux chandeliers ou recouvrant le plancher d’un tapis ultra moderne qui dénotait avec les meubles classiques. Il aimait en elle cette nonchalance et ce désir presque incontrôlable de choquer.  Là, il retrouva le chemin de table ocre sur la table noire qu’elle avait dressé à leur dernier repas, la même lithographie du “christ de Gala” de Dali au dessus du buffet, le large plat circulaire empli de pétales de roses blanches au centre du bar.  
Il posa son sac de voyage près de l’escalier, qui montait à l’étage, et se débarrassa de son pardessus. Il tombait des cordes dehors et l’impact de l’averse sur la verrière au dessus de la cuisine apportait une musique dominicale, il repensa à ces dimanches d’automne, où ils ne pouvaient pas sortir tant le ciel se délestait de son trop plein d’eau et où la chaleur du feu de cheminée, un bon livre ou une discussion sur l’état du monde suffisait à leurs besoins.
Il décida de faire couler un café. Il prépara un plateau déjeuner, il voulait lui faire la surprise. Elle ne l’attendait que demain, mais il avait réussi à prendre le train précédent.
Il monta l’escalier qui menait aux chambres.
Sur le palier, il découvrit une paire d’escarpins noirs, posée sans attention, la chaussure droite à gauche sur son talon et la gauche à droite sur son flanc.  La forme lui fit penser à des chaussures de flamenco mais elles étaient ouvertes sur le côté et totalement vernies. Les talons devaient dessiner un joli galbe de mollet. Elles étaient terriblement sexy mais il s’en voulut aussitôt d’avoir eu cette pensée. Il ne les avait jamais vues auparavant mais il ne connaissait pas sa garde robe par coeur. Elle aimait encore se parer et s’apprêter, revêtir des robes farfelues, des jupes frôlant l’indécence, il avait essayé parfois de la raisonner, il n’en recevait qu’un regard aussi noir que les escarpins qui traînaient en haut de l’escalier.
Il entra doucement dans sa chambre, portant le plateau d’une seule main. Les persiennes n’occultaient pas complètement la lumière et le soleil qui se levait entrait par raie dans la pièce.
Il se figea. La pièce sentait l’amour, sentait la peau moite et le sexe tiédit, l’odeur d’effervescence, le parfum de la jouissance, la chambre avait cette odeur puante mais agréable des sécrétions orgasmiques. Autour du lit, les vêtements dénonçaient la folie de l’étreinte et dans le lit un homme que seul un drap léger recouvrait, dormait du sommeil de l'harassé.
Il ne bougeait plus tenant toujours le petit déjeuner pour 2 entre les mains. Elle, n’était pas dans le lit.
“Bonjour mon grand”
Il se retourna, elle était devant lui, à la porte de la salle de bain, menue dans sa chemise de nuit satin, ses cheveux déjà coiffés.
“Bonjour maman”.

20/06/2008

Fable du monde

« On est pas tout seul ! ». Ne crie pas. « On est pas tout seul ! On est pas tout seul !  ».  Et bien oui mon petit oiseau, ne crie pas, tu le vois bien que tu n’es pas tout seul. Qui es-tu ? « Je fais parti du monde » Et moi aussi, et nous tous aussi, mais qui es-tu ?  « Je suis le cosmos, la terre et l’eau, je suis le vent, je suis poussière et peau, je suis le sang, l’abysse et l’obédience ». Par quel miracle sais-tu être tout ça ? « J’ai parcouru les vents, j’ai vu tant de vers rampés chacun vers son plaisir, que je ne savais lequel manger. Plutôt le long ? Ou plutôt le gros ? Plutôt le plus rapide ? Ou plutôt le plus fébrile ? Je n’en ai mangé aucun et j’ai continué mon vol ». Que s’est-il passé ? « Le vautour est passé derrière moi mais ne s’est pas interrogé, il les a tous avalés ! A peine rassasié, il s’attaquait aux rats. Et j’entendais les rats s’exclamer d’une seule tête On est pas tout seul On est pas tout seul et de milliers de dents faire ployer le vautour. » Et toi ? « Moi, j’ai distribué mes plumes à qui voulait du chaud, on est pas tout seul, on est le cosmos, la terre et l’eau. »

 

01/05/2008

Absoudre

J’entre dans le bus, pas tout à fait bondé mais aucune place assise ne me permet de soulager mes pauvres jambes, déglinguées par de longs trépignements dans les rues commerçantes de la ville. J’aspire à retrouver mon chez moi, mon canapé, ma télé, ma table basse où je laisserai traîner mes pieds engourdis.
Je pense à ces instants savoureux et le bus s’engage dans la circulation. Bientôt il tournera à droite dans la rue Anatole France puis place de la République. Je regarde au tour de moi, mes compagnons de voyage. 2 familles maghrébines discutent au fond du bus, les enfants sautant d’un siège à l’autre. Une jeune fille perdue dans un magazine d’adolescent, les écouteurs de son MP3 vissés dans ses oreilles, elle bat le rythme avec son pied droit, un morceau vraisemblablement rapide, un mix de tecktonick peut être. Juste devant elle, un quadragénaire, pardessus anthracite, cravate colorée sur costume sombre, il regarde défiler les bâtiments, les rues, les pietons. Je le vois suivre du regard, une jeune fille promenant son sharpei dans la rue A. France. Il rentre sans doute chez lui, il doit sûrement trouver sa vie sordide et sans intérêt, un femme jolie mais pas superbe, il ne la trouve plus sexy, il pense à cette nouvelle assistante au bureau, il la voit bien promenant son sharpei, il se voit bien tenir la laisse de la main gauche et sa main douce de la droite.
Place de la république, le bus s’arrête à l’arrêt devant la mairie. Quelques personnes descendent, mais toujours pas de place assise. Une vieille dame monte, une mère de famille lui propose sa place mais la vieille dame refuse d’un sourire et d’un geste de la main.
Elle est emmitouflée dans un gros manteau doublé, la fourrure lui protégeant le cou. Elle n’est pas très grande, les cheveux gris bien permanenté. Elle jette des regards sur chacun des passagers, semblant chercher quelqu’un ou jaugeant chacun d’entre nous. Je la vois sourire en regardant les petits du fond du bus. Quand nos regards se croisent, je vois ses petits yeux bleus, entourés de rides moqueuses. Elle ne se détourne pas, je me sens happé par ce regard, presqu’intimidé je repars sur mon quadragénaire mélancolique.
Le bus s’approche du square Jaures. La circulation est difficile, les travaux pour la nouvelle mosquée coupant une bonne partie de la voie.
“Vous croyez en Dieu ?”. La petite veille est devant moi.
“Euh .. non .. pas vraiment” surpris par cette question et cet accostage.
Le bus se fraye un chemin, passe devant la mosquée et se dirige rue Onfray pour s’arrêter devant l’école laïque Voltaire.
“Plus personne ne croit en Dieu, c’est le début de l'apocalypse” Je regarde interloqué cette vieille dame me débiter ses versets, tout en ouvrant son manteau.
Une ceinture de batons de dynamite lui entoure le ventre, des fils bleus et rouge. Je l’entend crier “Jésus notre sauveur”, je la vois appuyer sur un bouton ...


“Nouvel attentat revendiqué par l’organisation intégriste chrétienne “Jesus Notre Sauveur”. 35 morts, autant de blessés. C’est le 3ème attentat en 6 mois de ce mouvement qui se dit proche de l’Opus Dei”
 

19/03/2008

Bruit

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique “

Papa, t’as vu mon dessin, il est beau hein ?

Il releva la tête.
- Oui il est beau ma chérie
- C’est une fleur avec un oiseau
-- Oui oui ...

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi“

Il reçut le ballon sur le côté de la tête, assez mollement mais la surprise était totale.
- Oh pardon Papa, je ne l’ai pas fait exprès
- Tu ne peux pas faire attention Elliot ? dit-il sur un ton où perçait un début d’énervement.
- Excuse moi papa
- hum hum

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, “

- Oh regarde papa, j’ai fait un soleil en plus ... papa regarde ... .papa regarde mon soleil
Un boule s’était formée au fond de la gorge, il regarda sa fille puis le dessin de sa fille.
- Oui il est beau, mais laisse moi un peu ma puce

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, “

Quand le chat avide de câlin lui sauta sur les genoux, puis de virulent coups de têtes sur la main réclama quelques chatouilles, il l’envoya valser d’une seule main a un mètre du fauteuil où il avait pris place quelques minutes plutôt. Il tenta même de conclure d’un coup de savate mais Moustique le chat n’avait pas demandé son reste.
Il souffla.

“ la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la “

- Chériiii ? ...  Chériiiiiii ? T’as pas vu mon velours rouge ?

Il déposa méthodiquement son marque-page entre la page 32 et la page 33. Déposa le livre sur l’accoudoir. Il se leva et rejoignit sa femme. Il se planta devant elle et cria

- Putain mais vous ne pouvez pas me laisser tranquille 10 mn ? C’est trop demandé ? Je ne mérite pas de poser mon cul sur un fauteuil et me plonger dans un bouquin ? Je n’ai pas le droit à ça ? Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? J’aimerai qu’on respecte mon repos dans cette maison ! J’aimerai qu’on respecte ma bulle ! C’est sacré la bulle !
- Mais ...

Il n’écouta pas sa femme, reprit sa place sur le voltaire et le bas de la page 32.

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la désacralisation.“


Texte extrait de l’essai “Bruits” de Jacques Attali

21/02/2008

Le pantalon jaune

Je suis un pantalon. Un pantalon jaune. Un jaune quelconque qui tire sur le safran. Et puis dans le style africain, voyez. Je ne suis pas gâté et là j’en ai marre. J’en ai marre de ce jaune. Rouge ou marron, ça irai plus dans le style.
Alors j'ai decidé de ne plus être enfilé ! Je me suis caché.

« Chérrrrrri ! T’as pas vu mon pantalon jaune ?
- Quel pantalon ?
- Ben tu sais, mon pantalon jaune, un peu africain là, je l’ai mis la semaine dernière
- Mouais, chépa
- Mais si, il est jaune, un peu bouffant, je le mets souvent.

Moi je n’en peux plus qu’on ne me voit pas, même avec mon jaune. Alors je reste là où je suis, là ou elle me trouveras pas. Elle n’a qu’à me teindre !

« Mais c’est pas possible, où il est. T’es sur que tu l’as pas vu ?
- Tu veux pas mettre le bleu là ? Il est bien aussi.

Bah oui, il est bien le bleu, j’aurai pu être bleu. Je ne laisserai pas passer une jambe pour qu’elle me voie !

« Mais bon sang, j’adore ce pantalon, je le met tout le temps, tu dois bien le connaitre
- C’est un velours ?
- Mais n’importe quoi, toi !

Un velours rouge, pourquoi je ne suis pas un velours rouge ?
Merde, elle se rapproche, et je ne peux pas bouger, je ne suis qu’un pantalon.

« Peut être qu’il est au sale !
- Ah bah oui, si tu le met tout le temps.

Nooon !

« Bah non pas là non plus.. tu me le caches ou quoi ? Tu l’aimes pas ?
- Ben non... en fait
- …

La revoilà.
Elle m’a retrouvé. Je vais me retaper la déambule de rue.

Qu’est-ce qu’elle fait ?
Elle me jette.

04/12/2007

L’oeuf de la poule

- Vision 1 -

 

 C’était un vendredi, il s’en souvenait bien maintenant. Il fumait une clope devant l’entrée de l’immeuble où il bossait. Il fallait vraiment être addict pour continuer la cigarette dans ce putain d’hiver. Il dansait sur place pour avoir l’impression de se réchauffer ou en tout cas pour penser à autre chose qu’au froid. Il se voyait bien refaire ce petit pas danse comme un Johnny Clegg qui sortirait d’une lombalgie. Sa clope n’en finissait plus, mais pour rien au monde, il ne l’aurait écraser avant d’avoir senti le goût du filtre. A 5,30€ le paquet de malbish, il fallait aimer être pauvre pour gâcher.
“Abrège, on s’en fout ton histoire de tabac !”
Et bien, pas grand chose ...
“Dis toujours !”
Il allait rentrer, son boss voulait voir toute l’équipe pour leur présenter son successeur. Une voiture est arrivée, une coupée, une coupée grise. Le conducteur cherchait une place.
“Comment tu le sais ?”
Ca se voyait, le clignotant fonctionnait depuis l’entrée de la rue. Il y en avait une devant lui, de place, alors forcément la voiture s’est garée. En est sortie une jeune femme. Une jolie jeune femme, en tailleur doublée fourrure, comme dans les séries américaines, brune, les cheveux au vent, des escarpins rouge à bout ogive, bas couleurs chairs ..
“Bas ou collant ?”
Il supposait bas ..
“Supposais, ah oui ?”
Il en avait marre de ces sous-entendus. Vu le genre de la nana, il émettait une hypothèse quant à l’adéquation du dessous au dessus ! Basta !
“Continue !”
Elle venait dans sa direction. Il admettait qu’elle avait retenu son attention, d’ailleurs il se souvenait bien d’en avoir oublié sa clope et de s’être brûlé les doigts. Elle venait dans l’immeuble. Il lui tint la porte, elle lui dit merci, il lui dit de rien ...
“Oui bon ...”
Il prit l’ascenseur avec elle. Elle le regardait fixement, il en était même mal à l’aise. Elle n’avait pas choisi d’étage, il en déduisit qu’elle allait au même que lui.
Arrivés au 10ème, quand les portes se sont ouvertes, il s’apprêtait à sortir quand elle se plaça devant lui, bloqua avec son pied droit la fermeture et de sa main gauche saisit, en douceur, son outillage reproductif. “Si tu me suis dans les toilettes pour femme, je fais de toi un chef !”
Il n’a pas trop réfléchi, lui a dit de plutôt donner une promotion à son stylo plume et a rejoint son bureau où il s'est dit qu'il avait peut être fait une connerie.
“T’es un fieffé menteur dans ton genre ! Je vais te dire ce qui s’est vraiment passé ! ...”


à suivre ....

17/11/2007

Il est des murs

L’endroit est un peu spartiate. La couleur unie et insipide y fait beaucoup. Un vert pâle tirant sur un vert anis ayant tout perdu de sa folie. J’avais appris, lors de mon service militaire, que le vert est une couleur qui fait du bien à l’âme, rassurante, un bain de quiétude. C’est pourquoi on la retrouvait sur la ferraille à l'intérieur des chars, des véhicules blindés de combat. C’est également très souvent une couleur d’hôpital.
Je ne sais pas si c’est la couleur qui agrandit mais j’imaginais cet endroit plus petit, plus étroit, plus confiné. Ce n’est certes pas une chambre de palace mais un optimisme fugace accompagne mon entrée, je me dis que j’aurai tout le temps de voir se rapprocher les murs.
A gauche, un premier lit rudimentaire, sur lequel attendait un matelas d’une épaisseur tartinesque semblant ne fournir comme unique confort que l’atténuation des ressorts du sommier, fait face à une table en Formica gris et une chaise de même confection. J’aperçois juste à ma droite, à l’entrée, une étagère de bois, dans le même gris que la table.
Tout au fond , caché par une courte paroi, je distingue l’essentiel de toilette, juste sous la fenêtre.
Je respire un grand coup comme pour emplir le plus vite possible, fataliste, mes poumons de cet air pas encore familier. Je sens une odeur de javel. Cette odeur qui cache des odeurs que l’on veut faire disparaître, faire du neuf avec du vécu.
Nous y sommes alors. Cet endroit me ressemble tellement, cette platitude architecturale, ces couleurs sans pigment, ce parfum industriel.
Je me retourne au moment où la porte se referme, la clef qui tourne dans le canon et qui condamne une fois de plus. Je n’ai pas entendu ce qu’aurait pu me dire le gardien.
J’avance de quelques pas, pose mes quelques affaires sur lit et m’approche de la fenêtre. Je compte six barreaux, 4 à 5 cm de diamètre. Six barreaux, six années.
Je ne semble pas avoir encore de co-détenu, puisque le matelas du second lit est toujours replié. C’est bien d’avoir le choix du lit. J’essaye celui de droite. Celui de gauche.
Je me mets à pleurer.

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