12/12/2009

Chez sa grand-mère

Claquement de doigt. Une orchidée fébrile se penche, humble et respectueuse. Le tic et le tac d'une comtoise attendent le dong,  elle trône majestueuse et respectée  contre le mur du salon. Le parfum amer de l'arabica qui se réchauffe sur le vieux poêle à bois accompagne les silences, on  y a ajouté de la chicorée, ca se fait par chez nous.  La nappe en plastique recouvre la vieille table en chêne, patchwork de fleurs marrons aux pustules jaunes sales sur fond beige et craquelé. On y distingue ça et là, des miettes de pain, quelques tâches des derniers repas, quelques anciennes brûlures, autant de plaies d'une solitude morne et désolée.

Claquement de doigt.  Le long du mur défraichit, un bahut soutient la porcelaine dépareillée. Dessus les photos sourient quelque soit le noir grisé, les couleurs passées, les souvenirs oubliés et les bébés maintenant grand-père.

Claquement de doigt. Au fond de la pièce, un canapé saumon ou rose peut être. Les pieds sculptés dans un vulgaire sapin laqué semblent vissés aux carrelages blancs. Le canapé est recouvert d'un plaid ocre en pilou qui le protège des assauts des fesses volumineuses de sa grand-mère.  La télévision bloquée sur la première chaine hurle les questions d'un jeu idiot. Le niveau sonore témoigne d'un niveau de surdité comparable ou d'une affection particulière à la chaine populaire.

Claquement de doigt. Elle morte en un claquement de doigt me rappelle-t-il insatiable. Elle était là sur le canapé et puis elle n'y était plus. Enfin vous me comprenez. En un claquement de doigt, je n'ai jamais vu ça.

Moi si. Je constate le décès, signe et présente mes condoléances.

 

 

24/10/2009

Allumeur

On se connaît, elle m'a demandé. Evidemment, je n'avais aucune excuse honorable de la fixer depuis la station Pont de Bois. J'étais juste attirée par l'arête de son nez, le chocolat de ses yeux, l'ourlet de ses lèvres. J'ai balbutié pour m'en sortir un "euh ... tu n'es pas Cassandra", m'appuyant sur les faibles statistiques de ce prénom désopilant.

"Euh .. oui, c'est moi .. mais je suis désolée,  ton visage ne me dit rien".

 

20/09/2009

Brèves de trottoir

Je suis sur le trottoir en face de chez moi. La porte est ouverte, une femme sur le perron, ma femme. Comme j'ai aimé cette femme ! Un coeur de pierre mais une peau de soie. J'ai encore le goût de notre premier baiser, café au lait à peine sucré. Je ne me suis jamais demandé comment ni pourquoi j'étais dingue de cette femme, peut être le grain de beauté juste au dessus du nombril que je caressai sans cesse. Je suis sur le trottoir, elle m'inflige des logorrhées, une douche de mots, parfois des hurlements. Je regarde cette femme hystérique à qui j'ai fait l'amour tant de fois avec onctuosité me chasser de chez moi.

"Dégage !". Elle ferme la porte.

Je suis sur le trottoir en face de chez moi. Je sonne. Elle ouvre, attrape ma cravate, tire mes lèvres jusque ses lèvres et referme la porte d'un coup de talon. Nous faisons l'amour dans le hall.

Je suis chez moi en face du trottoir que je retrouverai sans doute avant ce soir. Je ne sais pas pourquoi je suis dingue de cette femme.