20/06/2008

Fable du monde

« On est pas tout seul ! ». Ne crie pas. « On est pas tout seul ! On est pas tout seul !  ».  Et bien oui mon petit oiseau, ne crie pas, tu le vois bien que tu n’es pas tout seul. Qui es-tu ? « Je fais parti du monde » Et moi aussi, et nous tous aussi, mais qui es-tu ?  « Je suis le cosmos, la terre et l’eau, je suis le vent, je suis poussière et peau, je suis le sang, l’abysse et l’obédience ». Par quel miracle sais-tu être tout ça ? « J’ai parcouru les vents, j’ai vu tant de vers rampés chacun vers son plaisir, que je ne savais lequel manger. Plutôt le long ? Ou plutôt le gros ? Plutôt le plus rapide ? Ou plutôt le plus fébrile ? Je n’en ai mangé aucun et j’ai continué mon vol ». Que s’est-il passé ? « Le vautour est passé derrière moi mais ne s’est pas interrogé, il les a tous avalés ! A peine rassasié, il s’attaquait aux rats. Et j’entendais les rats s’exclamer d’une seule tête On est pas tout seul On est pas tout seul et de milliers de dents faire ployer le vautour. » Et toi ? « Moi, j’ai distribué mes plumes à qui voulait du chaud, on est pas tout seul, on est le cosmos, la terre et l’eau. »

 

01/05/2008

Absoudre

J’entre dans le bus, pas tout à fait bondé mais aucune place assise ne me permet de soulager mes pauvres jambes, déglinguées par de longs trépignements dans les rues commerçantes de la ville. J’aspire à retrouver mon chez moi, mon canapé, ma télé, ma table basse où je laisserai traîner mes pieds engourdis.
Je pense à ces instants savoureux et le bus s’engage dans la circulation. Bientôt il tournera à droite dans la rue Anatole France puis place de la République. Je regarde au tour de moi, mes compagnons de voyage. 2 familles maghrébines discutent au fond du bus, les enfants sautant d’un siège à l’autre. Une jeune fille perdue dans un magazine d’adolescent, les écouteurs de son MP3 vissés dans ses oreilles, elle bat le rythme avec son pied droit, un morceau vraisemblablement rapide, un mix de tecktonick peut être. Juste devant elle, un quadragénaire, pardessus anthracite, cravate colorée sur costume sombre, il regarde défiler les bâtiments, les rues, les pietons. Je le vois suivre du regard, une jeune fille promenant son sharpei dans la rue A. France. Il rentre sans doute chez lui, il doit sûrement trouver sa vie sordide et sans intérêt, un femme jolie mais pas superbe, il ne la trouve plus sexy, il pense à cette nouvelle assistante au bureau, il la voit bien promenant son sharpei, il se voit bien tenir la laisse de la main gauche et sa main douce de la droite.
Place de la république, le bus s’arrête à l’arrêt devant la mairie. Quelques personnes descendent, mais toujours pas de place assise. Une vieille dame monte, une mère de famille lui propose sa place mais la vieille dame refuse d’un sourire et d’un geste de la main.
Elle est emmitouflée dans un gros manteau doublé, la fourrure lui protégeant le cou. Elle n’est pas très grande, les cheveux gris bien permanenté. Elle jette des regards sur chacun des passagers, semblant chercher quelqu’un ou jaugeant chacun d’entre nous. Je la vois sourire en regardant les petits du fond du bus. Quand nos regards se croisent, je vois ses petits yeux bleus, entourés de rides moqueuses. Elle ne se détourne pas, je me sens happé par ce regard, presqu’intimidé je repars sur mon quadragénaire mélancolique.
Le bus s’approche du square Jaures. La circulation est difficile, les travaux pour la nouvelle mosquée coupant une bonne partie de la voie.
“Vous croyez en Dieu ?”. La petite veille est devant moi.
“Euh .. non .. pas vraiment” surpris par cette question et cet accostage.
Le bus se fraye un chemin, passe devant la mosquée et se dirige rue Onfray pour s’arrêter devant l’école laïque Voltaire.
“Plus personne ne croit en Dieu, c’est le début de l'apocalypse” Je regarde interloqué cette vieille dame me débiter ses versets, tout en ouvrant son manteau.
Une ceinture de batons de dynamite lui entoure le ventre, des fils bleus et rouge. Je l’entend crier “Jésus notre sauveur”, je la vois appuyer sur un bouton ...


“Nouvel attentat revendiqué par l’organisation intégriste chrétienne “Jesus Notre Sauveur”. 35 morts, autant de blessés. C’est le 3ème attentat en 6 mois de ce mouvement qui se dit proche de l’Opus Dei”
 

19/03/2008

Bruit

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique “

Papa, t’as vu mon dessin, il est beau hein ?

Il releva la tête.
- Oui il est beau ma chérie
- C’est une fleur avec un oiseau
-- Oui oui ...

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi“

Il reçut le ballon sur le côté de la tête, assez mollement mais la surprise était totale.
- Oh pardon Papa, je ne l’ai pas fait exprès
- Tu ne peux pas faire attention Elliot ? dit-il sur un ton où perçait un début d’énervement.
- Excuse moi papa
- hum hum

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, “

- Oh regarde papa, j’ai fait un soleil en plus ... papa regarde ... .papa regarde mon soleil
Un boule s’était formée au fond de la gorge, il regarda sa fille puis le dessin de sa fille.
- Oui il est beau, mais laisse moi un peu ma puce

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, “

Quand le chat avide de câlin lui sauta sur les genoux, puis de virulent coups de têtes sur la main réclama quelques chatouilles, il l’envoya valser d’une seule main a un mètre du fauteuil où il avait pris place quelques minutes plutôt. Il tenta même de conclure d’un coup de savate mais Moustique le chat n’avait pas demandé son reste.
Il souffla.

“ la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la “

- Chériiii ? ...  Chériiiiiii ? T’as pas vu mon velours rouge ?

Il déposa méthodiquement son marque-page entre la page 32 et la page 33. Déposa le livre sur l’accoudoir. Il se leva et rejoignit sa femme. Il se planta devant elle et cria

- Putain mais vous ne pouvez pas me laisser tranquille 10 mn ? C’est trop demandé ? Je ne mérite pas de poser mon cul sur un fauteuil et me plonger dans un bouquin ? Je n’ai pas le droit à ça ? Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? J’aimerai qu’on respecte mon repos dans cette maison ! J’aimerai qu’on respecte ma bulle ! C’est sacré la bulle !
- Mais ...

Il n’écouta pas sa femme, reprit sa place sur le voltaire et le bas de la page 32.

“Venue du peuple et des dieux, au service des prêtres puis des princes, puis transformée en marchandise, la musique fait ainsi l’expérience, avant toutes les autres activités humaines, de la désacralisation.“


Texte extrait de l’essai “Bruits” de Jacques Attali

21/02/2008

Le pantalon jaune

Je suis un pantalon. Un pantalon jaune. Un jaune quelconque qui tire sur le safran. Et puis dans le style africain, voyez. Je ne suis pas gâté et là j’en ai marre. J’en ai marre de ce jaune. Rouge ou marron, ça irai plus dans le style.
Alors j'ai decidé de ne plus être enfilé ! Je me suis caché.

« Chérrrrrri ! T’as pas vu mon pantalon jaune ?
- Quel pantalon ?
- Ben tu sais, mon pantalon jaune, un peu africain là, je l’ai mis la semaine dernière
- Mouais, chépa
- Mais si, il est jaune, un peu bouffant, je le mets souvent.

Moi je n’en peux plus qu’on ne me voit pas, même avec mon jaune. Alors je reste là où je suis, là ou elle me trouveras pas. Elle n’a qu’à me teindre !

« Mais c’est pas possible, où il est. T’es sur que tu l’as pas vu ?
- Tu veux pas mettre le bleu là ? Il est bien aussi.

Bah oui, il est bien le bleu, j’aurai pu être bleu. Je ne laisserai pas passer une jambe pour qu’elle me voie !

« Mais bon sang, j’adore ce pantalon, je le met tout le temps, tu dois bien le connaitre
- C’est un velours ?
- Mais n’importe quoi, toi !

Un velours rouge, pourquoi je ne suis pas un velours rouge ?
Merde, elle se rapproche, et je ne peux pas bouger, je ne suis qu’un pantalon.

« Peut être qu’il est au sale !
- Ah bah oui, si tu le met tout le temps.

Nooon !

« Bah non pas là non plus.. tu me le caches ou quoi ? Tu l’aimes pas ?
- Ben non... en fait
- …

La revoilà.
Elle m’a retrouvé. Je vais me retaper la déambule de rue.

Qu’est-ce qu’elle fait ?
Elle me jette.

04/12/2007

L’oeuf de la poule

- Vision 1 -

 

 C’était un vendredi, il s’en souvenait bien maintenant. Il fumait une clope devant l’entrée de l’immeuble où il bossait. Il fallait vraiment être addict pour continuer la cigarette dans ce putain d’hiver. Il dansait sur place pour avoir l’impression de se réchauffer ou en tout cas pour penser à autre chose qu’au froid. Il se voyait bien refaire ce petit pas danse comme un Johnny Clegg qui sortirait d’une lombalgie. Sa clope n’en finissait plus, mais pour rien au monde, il ne l’aurait écraser avant d’avoir senti le goût du filtre. A 5,30€ le paquet de malbish, il fallait aimer être pauvre pour gâcher.
“Abrège, on s’en fout ton histoire de tabac !”
Et bien, pas grand chose ...
“Dis toujours !”
Il allait rentrer, son boss voulait voir toute l’équipe pour leur présenter son successeur. Une voiture est arrivée, une coupée, une coupée grise. Le conducteur cherchait une place.
“Comment tu le sais ?”
Ca se voyait, le clignotant fonctionnait depuis l’entrée de la rue. Il y en avait une devant lui, de place, alors forcément la voiture s’est garée. En est sortie une jeune femme. Une jolie jeune femme, en tailleur doublée fourrure, comme dans les séries américaines, brune, les cheveux au vent, des escarpins rouge à bout ogive, bas couleurs chairs ..
“Bas ou collant ?”
Il supposait bas ..
“Supposais, ah oui ?”
Il en avait marre de ces sous-entendus. Vu le genre de la nana, il émettait une hypothèse quant à l’adéquation du dessous au dessus ! Basta !
“Continue !”
Elle venait dans sa direction. Il admettait qu’elle avait retenu son attention, d’ailleurs il se souvenait bien d’en avoir oublié sa clope et de s’être brûlé les doigts. Elle venait dans l’immeuble. Il lui tint la porte, elle lui dit merci, il lui dit de rien ...
“Oui bon ...”
Il prit l’ascenseur avec elle. Elle le regardait fixement, il en était même mal à l’aise. Elle n’avait pas choisi d’étage, il en déduisit qu’elle allait au même que lui.
Arrivés au 10ème, quand les portes se sont ouvertes, il s’apprêtait à sortir quand elle se plaça devant lui, bloqua avec son pied droit la fermeture et de sa main gauche saisit, en douceur, son outillage reproductif. “Si tu me suis dans les toilettes pour femme, je fais de toi un chef !”
Il n’a pas trop réfléchi, lui a dit de plutôt donner une promotion à son stylo plume et a rejoint son bureau où il s'est dit qu'il avait peut être fait une connerie.
“T’es un fieffé menteur dans ton genre ! Je vais te dire ce qui s’est vraiment passé ! ...”


à suivre ....

17/11/2007

Il est des murs

L’endroit est un peu spartiate. La couleur unie et insipide y fait beaucoup. Un vert pâle tirant sur un vert anis ayant tout perdu de sa folie. J’avais appris, lors de mon service militaire, que le vert est une couleur qui fait du bien à l’âme, rassurante, un bain de quiétude. C’est pourquoi on la retrouvait sur la ferraille à l'intérieur des chars, des véhicules blindés de combat. C’est également très souvent une couleur d’hôpital.
Je ne sais pas si c’est la couleur qui agrandit mais j’imaginais cet endroit plus petit, plus étroit, plus confiné. Ce n’est certes pas une chambre de palace mais un optimisme fugace accompagne mon entrée, je me dis que j’aurai tout le temps de voir se rapprocher les murs.
A gauche, un premier lit rudimentaire, sur lequel attendait un matelas d’une épaisseur tartinesque semblant ne fournir comme unique confort que l’atténuation des ressorts du sommier, fait face à une table en Formica gris et une chaise de même confection. J’aperçois juste à ma droite, à l’entrée, une étagère de bois, dans le même gris que la table.
Tout au fond , caché par une courte paroi, je distingue l’essentiel de toilette, juste sous la fenêtre.
Je respire un grand coup comme pour emplir le plus vite possible, fataliste, mes poumons de cet air pas encore familier. Je sens une odeur de javel. Cette odeur qui cache des odeurs que l’on veut faire disparaître, faire du neuf avec du vécu.
Nous y sommes alors. Cet endroit me ressemble tellement, cette platitude architecturale, ces couleurs sans pigment, ce parfum industriel.
Je me retourne au moment où la porte se referme, la clef qui tourne dans le canon et qui condamne une fois de plus. Je n’ai pas entendu ce qu’aurait pu me dire le gardien.
J’avance de quelques pas, pose mes quelques affaires sur lit et m’approche de la fenêtre. Je compte six barreaux, 4 à 5 cm de diamètre. Six barreaux, six années.
Je ne semble pas avoir encore de co-détenu, puisque le matelas du second lit est toujours replié. C’est bien d’avoir le choix du lit. J’essaye celui de droite. Celui de gauche.
Je me mets à pleurer.

26/10/2007

Je t'aime sale con

Nous sommes six autour de la table basse, le cul absorbé par l’onctuosité de coussins japonais. Il y a Francine, quadragénaire accomplie, qui a toujours conjugué amour avec expérience, orgasme avec addiction et désillusion avec état de santé.
Piotr, breton d’origine, dont les parents, rennais de souche, vouaient une passion pour les Balkans, sans que jamais personne ne sut pourquoi. Piotr, trente-sept ans, manager chez Mac Do est marié avec Suzette, militante de Greenpeace et ex-mécanicienne dans l’armée de terre. Suzette n’est plus là.
Entre Francine et Piotr, Coco. SDF par conviction, sauf l’hiver où il trouve refuge dans une dépendance de la maison de Francine. Chacun de nous essaye de trouver son vrai prénom, c’est un petit jeu en leitmotiv. Moi, je pense qu’il s’appelle Gustave, mais je n’ai pas vraiment d’arguments pour étayer. Ca lui va bien, surtout l’été, quand sa peau tannée fait ressortir sa barbe broussailleuse. Coco, on ne connaît pas son âge ni les réelles convictions qui l’ont poussées dehors. On l’aime seulement. Il trouve dans chaque nuage une forme et dans chaque forme un sens à la régulation économique ou aux symptômes psychiques du malaise humain. Coco ne boit jamais.
En face de Coco et à ma gauche, Omer, le plus jeune d’entre nous. Et le plus fougueux. Homosexuel depuis un malentendu opportun. Il a trouvé sa place dans le groupe alors qu’il avait sonné à la porte pour le calendrier des éboueurs; lui conduisait les camions. Moi je l’ai trouvé beau alors, il représentait une masculinité dérangeante, de celle dont les femmes ont peur et une de celle que les hommes jalousent.
A côté de lui, Eve. En fait, elle s’appelle Evelyne mais dès sa majorité, elle a imposé Eve, c’est plus originel nous dit-elle toujours. Seule sa mère n'obéit pas à cet édit. Elles ne parlent plus depuis longtemps.
Et puis il y a moi, quadra archétypé, qui ait toujours pris la télé comme un média de communication.


Nous sommes le 18 septembre et comme chaque 18 septembre, nous avons rendez-vous avec le miroir. Sur la table basse, le borsalino de Piotr avec six papiers pliés et chacun d'eux un prénom. Francine plonge la main et en choisi un. C’est mon prénom qui sort.
C’est Eve qui démarre. “Je ne supporte plus ton égocentrisme artificiel. Putain mais arrête de croire que nous n’avons que du bon à tirer de toi. Tu as toujours une bonne raison de nous ramener à toi. Pendant un an, je ne veux plus entendre “moi je” sortir de ta bouche. Je t’aime”. Même si on s’y prépare, j’ai envie de chialer.
Puis Coco. “Je t’aime”. “Non Coco, tu dois dire quelque chose !”. “Vous faites chier... Ca t’arrive de puer de la gueule et même moi qui suis dans le rue, ça m’écoeure. Je t’aime”
Puis Piotr et Francine, qui me trouve par trop mélancolique ou vieux con. Enfin Omer. “C’est mon deuxième 18 septembre et ça tombe sur toi. Tu sais que je t’aime mais par pitié arrête de penser que tout est noir. Tu plombes toutes nos soirées avec ton pessimisme de merde. On en peut plus de t’entendre geindre. Ferme ta grande gueule ou souris. Je t’aime.”
Silence. Quelqu’un ouvre une nouvelle bière.
Je recherche du bon dans ces messages. Mon prénom n’avait encore jamais été tiré. Suzette avait plus morflé que moi, moi même je n’avais pas été tendre. Elle avait beaucoup pleuré, on l’avait plus vue.
Je les regarde les uns après les autres.
“Moi aussi je vous aime”.
Francine se lève elle et son verre “Allez ! Sous l’amitié, il y a toujours du pue à faire sortir. A cette nouvelle année à s’aimer ! Tchin et bizzz !”

Tchin et bizzz !

06/10/2007

Derniers fantômes (2)

Je suis un voyou, une brute épaisse, bien grasse comme un kebab sauce blanche de chez Moktar. J’ai fait mes premiers coups, là-bas, dans l’Alma. Alma, Roubaix. Un de ces quartiers, où il vaut sans doute mieux passer son chemin, si on n’a rien à y faire. Enfin, c’est ce qu’on disait aux flics, quand on zonait au coin d’une rue et qu’ils montraient leur tronche.
C’est là-bas que j’ai appris mon métier de voyou.

A l’époque je traînais avec des mecs pas bien nets, quelques vendeurs de beuh, quelques dealers de calibres, mais aussi quelques fêlés de la religion. J’ai jamais bien cru en dieu, moi, quel que soit son nom. Mais bon, avec tous ces mecs, y’avait aussi du blé à se faire. Y’avait aussi des caïds qui nous faisaient réver. Comme ce Omar Zemiri qui n’avait pas vu ses potes se faire plomber par le RAID rue Carette en 96. J’avais 18 bâtons et je tirais quelques voitures ou me tapais quelques baraques sur Barbieux, le « 16ème » de Roubaix.

Ce matin de mars 96, j’y suis passé moi rue Carette, je revenais de boite avec ma BM volée, j’ai vu tout ce bordel, les supers-flics partout, ça m’a fait bander. Je me voyais m'en faire à la Kalachnikov.

Alors après, j’ai enchaîné. Je suis passé de la BM, pour aller en boîte, à la voiture en série pour le marché russe, à la came.J’ai même fait travaillé quelques filles.
On m’appelait Ultime parce que si on me faisait chier, c’était l’ultime fois. Putain, je m’éclatais bien, j’étais respecté, j’étais riche, j’étais dieu.
J’étais recherché aussi pour quelques braquages. Quelques Crédit Agricole.

Et puis ma meuf est tombée enceinte. Putain, j’ai pris une claque. Un mioche, un vrai. Un petit mec qui s’endort dans tes bras, qui pleure quand t’es pas là, qui te vénère. J'étais plus Ultime mais Gaga.
Je me suis tenu à carreaux pendant 4 ans et puis on a manqué de thune, alors je me suis refait une caisse d’épargne. La dernière fois, pour partir loin.
Ca a mal tourné, le guichetier a déconné, il s’est pris une prune. Les gendarmes ont rappliqué, j’ai réussi à me tirer, mais pas mes potes. Je pense qu’ils m’ont balancé.

Je vous raconte tout ça, je suis venu chercher mon gamin à l’école, il est content de me voir.
Les flics sont là, ils sortent de je ne sais où, me gueulent un truc que je ne comprend pas, je sors les mains de mon blouson pour les lever comme il se doit dans ces moments là. J’entends un truc du genre « lâche ça ! ». Mais j’ai rien. ils ne donnent pas les sommations, ils ne me laissent pas lever les bras. Un truc me fait horriblement mal dans le ventre, puis un deuxième dans le poumon. Des prunes, un arbre entier.

Des pleurs, des cris, une phrase « t’as morflé mon crouille ».
Je suis entrain de crever devant mon gamin.




20/06/2007

Post-it

Je devais faire quelque chose, je ne sais plus. Il y a tellement de choses à faire. Je reste assise, j'ai peur d'avoir oubliée, je sais que j'ai oublié. Toujours la même chose, il faut toujours penser à quelque chose. 25fabac5226c0111334d2fee4356a0ba.jpg Moi je trouve ça dur et lui ne comprend pas. Il me dit que je suis une cruche, que si j'ai peur d'oublier, je n'ai qu'à noter tout ça sur des post-it. Un jour, il revient avec un tas de post-it qu'il a pris à son bureau. Des rouges, des roses, des bleus mais pas de jaune. Je trouve ça con puisque d'habitude, les post-it c'est jaune. Je ne dis rien, il va encore penser que je me fous de lui. "Voilà, tu peux tout écrire maintenant et les coller dans les endroits où tu passes le plus souvent." Acheter du pain. Paf, sur le frigo. Appeler le dentiste pour décaler le rendez-vous. Sur le téléphone. Penser à verrouiller la porte et emporter l'autoradio. Collé sur le tableau de bord. Je rentre de chez le dentiste, et je vois le post-it sur le frigo. Je n'ai pas acheté de pain.

14/06/2007

Insouciance

"et ben tu sais papa, je me souviens de tout, il suffit que je regarde dans ma tête". "Ah oui ?" Ca a quelque chose d'attendrissant. Il est devant moi et je me dis que ça doit être sympa d'être un petit garçon, retomber en enfance pour regarder dans sa tête et n'y voir que des choses jolies. Ca me donne presqu'envie de chialer. Il ne s'aperçoit de rien, pour lui tout ça est naturel .. Il me dit se souvenir l'avoir emmener à mon travail, qu'il y avait un docteur très gentil. Puis aussitôt il change de sujet. Un vrai gosse. "Tu vois là, je suis tombé, c'est Henri qui m'a poussé parce que je voulais prendre sa bille". Il me montre un bobo imaginaire sur la main, sa main perlée de tâche, sa main qui tremble. "Oui mais on a sans doute mis de la crème". Il opine. Peut être que je ne devrais pas rentrer dans son jeu. Ils ne m'ont rien dit là-dessus. Ils disent qu'il faut faire avec. Il n'a que moi. Je crois qu'en fait, maintenant il est heureux. Il est redevenu insouciant. Au début, c'était plus dur, il se rendait compte mais maintenant... Je regarde ma montre, il faut que je parte. "Allez papy, je vais te laisser, je téléphonerai demain pour savoir comment tu vas". Il opine. Demain, peut-être serai-je son fils ou son frère, on se ressemble tellement.